© 2020 Tous droits réservés à Hélène Rock

Vivre sa grossesse en sérénité


Je me plait souvent à regarder au parc des fillettes d'une petite dizaine d'années poser une main sur la chevelure de ma fille de presque trois ans, lui donner la main pour l'aider à gravir des montagnes, ou porter leurs petits frères avec plus d'assurances que ne le feraient des femmes adultes, le manque d'aisance physique au bout de leurs bras frêles, mais guidé par une formidable volonté de bien faire. Que se passe t-il chez elles, comment vivent elles, comment explorent elles et apprennent elles cette féminité qui les mènera peut être un jour à porter la vie ? Quelles sont leurs joies, leurs traumatismes, l'impact de leurs propres parents, quelle image garderont elles de ce moment sacré de la naissance ? Comment vivront elles d'avoir un petit être logé au creux de leur matrice ? Et pour toutes les autres ? Celles sans repères, sans petits frères, sans petites sœurs, sans exemple, vivant très loin de ces considérations ? Qu'est ce que la société en fera, et comment passeront elles ce cap si loin de ce que l'on en dit, de ce que l'on en écrit ? L'acceptation de ce qui est La grossesse est avant tout un cap, une décision qui nous est propre ou un événement qui se présente dans nos vies sans avoir pu frapper au préalable à la porte. Beaucoup de femmes connaissent une intense angoisse avant même avoir pu savourer les prémices enveloppantes de leur état. "Et si je faisais une fausse couche ?" "Et si il n'était pas viable" "Et si mon conjoint(e) n'était pas heureux(se) ?" "Et si l'accouchement se passait mal ?" "Et si je n'étais tout simplement pas une bonne mère ?". Je pense qu'il a fallu se poser toutes ces questions pour mieux appréhender la fulgurance de ce prochain rôle. Devenir mère n'est pas un acte anodin, n'est pas une évidence, n'est pas une simple continuité de la vie. Le rôle le plus naturel de la femme implique également de partager un même corps presque une année, puis de vivre pour deux, pour trois, pour quatre, des années et des années durant. Les femmes se poseront toujours la question de leur capacité parce qu'il est inné dans leur féminin de souhaiter faire au mieux. Au mieux veut dire avec les informations dont on dispose, avec notre passé, notre image du futur, notre entourage, nos doutes, nos peurs, notre construction fondamentale de petite fille. Ces composantes ne sont jamais à négliger et il est important de se souvenir que le "devenir mère" passe avant tout par la réalisation absolue de la vie. Être enceinte c'est perpétuer l'espèce. Pour certaines ce rôle est une évidence, ne reflète pas l'importance que cela a à l'échelle planétaire et biologique, pour d'autres, il parait tellement grand qu'il est sujet à tous les vertiges et toutes les questions. La projection d'un enfant viable est normale et naturelle. Les couples désirent un enfant en bonne santé et craignent naturellement que ce ne soit pas le cas. Beaucoup de choses dans notre quotidien semblent ne pas dépendre de notre volonté propre. Mais peu de responsabilités sont plus directes que de porter la vie en soi. Sachant bien qu'elles ne peuvent rien contre la nature, les femmes occidentales ayant pour générale habitude de souhaiter contrôler leur quotidien souhaitent absolument avoir un pouvoir sur cette grossesse et cette naissance. Et c'est bien normal. Fondamentalement, une future mère est capable. Sinon l'humanité serait éteinte. Les fausses couches, handicapes, malformations, sont aussi surement le lot de l'existence que la maladie, le déclin, la mort. Accepter cette condition sine qua non est un premier pas vers le lâcher prise. Bien sûr le couple à un rôle important dans la survie de l'enfant à naître. La non-consommation de produits toxiques, préserver physiquement et moralement la future maman, créer un environnement psychologique et matériel favorable, sont autant de possibilités. Le lâcher prise est néanmoins essentiel quand il s'agit du pouvoir biologique de la naissance. La vie est ainsi faite, chez tous les animaux, chez tous les végétaux, dans l'univers, proche ou étendu. Accepter de faire parti de ce grand tout. Et se dire que dans la nature c'est la naissance qui est la norme, qu'une femme est capable, que son utérus est capable, que son embryon est capable, car c'est ainsi que fonctionne la vie. Et que si il devait y avoir une autre décision de la part du corps, c'est également car c'est généralement celle qui à terme serait la plus favorable à tous les partis (la nature rejette par exemple les embryons non viable). Evidemment parfois il n'y a pas d'explications, il y a une mort fœtale qui semble être une simple malédiction. Là commence le travail du deuil et...de l'acceptation, encore elle. Ce travail de lâcher prise durant la grossesse dépends comme nous l'avons vu beaucoup du tempérament et du passé de la future mère et du conjoint(e). Si vous sentez que vous vous sentez dépassée par l'angoisse, un accompagnement par une doula, un psychologue, une sage femme, un sophrologue, est possible. La pratique de la méditation en pleine conscience est également conseillé en plus d'être un formidable outil pour détendre votre corps, en plus de votre psychisme. N'hésitez pas à parler de ces angoisses autour de vous pour ne pas rester isolée dans un cercle qui pourrait vous conduire à toujours plus de craintes (comme la consultations de forums en ligne ou vous risquez fort de tomber sur des témoignages dramatiques, après tout on n'en fait rarement des posts, quand tout se passe au mieux). Une question de couple Le dialogue avec votre conjoint(e) est également essentiel. Gardez à l'esprit qu'il est possible que votre conjoint(e) ne partage pas vos craintes. En un sens, tant mieux car il pourra vous être d'une aide rationnelle. Mais ce n'est pas pour cela que vous ne devez pas lui parler de votre état, de votre nervosité et des causes de celles ci. Il n'est pas rare de voir des femmes enceintes de quelques semaines regarder vingt fois dans leur culotte au cours de la journée pour se rassurer sur l'apparition de sang (j'avais même changé de papier WC passant du rose au blanc pour moins de frayeur, à titre personnel...) ce qui peut être très déstabilisant pour tous les partis du couple. Ouvrez le dialogue à ce propos. Faites vous confiance, faites confiance à votre futur enfant, faites confiance en la nature, quoi qu'il arrive. Si par ailleurs des conjoint(e) me lirait : Essayez de ne jamais culpabiliser votre compagne sur ses angoisses de grossesse, elles sont forcément motivée par une raison légitime, qu'elle soit aussi simple qu'un article lui ayant fait peur ou aussi profonde qu'un traumatisme d'enfance ou lors de son propre voyage intra utérin. Inutile de lui dire que c'est mauvais pour le bébé ou qu'elle se fait du mal, elle le sait. Ecoutez ce que votre partenaire vous dit, ses craintes, sans la juger, sans la remettre en question. Ne cherchez pas à conseiller à tout prix mais accueillez d'abord son émotion. Ne prenez pas une peur pour acquise. Une femme qui craint la fausse couche peut ne pas craindre l'accouchement. Une femme qui craint tous les actes médicaux peut se révélé être une mère en confiance par la suite. Rien n'est jamais figé et tout à une raison d'être. Si vous aussi vous êtes angoissé, que vous soyez le(a) seul(e) ou que vous partagiez les craintes de votre conjointe, il est possible également de vous faire accompagner même si vous ne portez pas l'enfant. Les hommes sont nombreux à se poser des questions qui ne trouvent pas forcément de réponses. Le rôle d'un homme auprès d'une femme allaitante, sa position lors de l'accouchement, des questions globale sur "suis-je prêt à accueillir cet enfant" à la pression que vous pourriez vous mettre d'un point de vue matériel, les angoissent peuvent être multiples et toujours légitimes. Ne restez pas seul avec vos interrogations et n'ayez pas honte de vous. Beaucoup d'hommes partagent ces questions et sont ravis de dialoguer et de se donner des conseils via des groupes ou des rencontres. Une doula peut également vous accompagner personnellement, ainsi que bien sûr un professionnel de la psychologie. Confiance en la vie La vie est un équilibre qui n'est pas si fragile que l'on le croit. Bientôt vous devrez faire confiance à votre tout petit. Peut être le laisser en garde, le voir monter des escaliers trop grands pour lui, courir sans vos mains, explorer le monde en vous laissant derrière lui. Lorsque l'on devient parent, on devient également une personne qui apprends à faire confiance. En la vie, en son enfant, en soi, et souvent en la médecine également lors de l'accouchement, du post natal, et toute au long de sa vie. Mais sur ce point, comme nous l'avons déjà évoqué, vous avez le pouvoir de votre accouchement grâce aux multiples possibilités qui s'offrent à vous, au projet de naissance, aux structures diverses et variées qui vous accompagneront dans vos choix. N'oubliez jamais que vous n'êtes pas victime de votre corps ou de qui que ce soit souhaitant prendre un pouvoir sur votre existence. En tant que futurs parents vous avez beaucoup de possibilités pour que cette naissance et cette parentalité se rapproche le plus de vos convictions et de ce qui vous sécurise et vous rend serein sans vous forcer à subir ce que l'on a dit comme étant le "mieux" mais qui ne vous corresponds pas. Pensez à vous faire du bien, à sacraliser votre état en n'oubliant jamais qu'en tant que femmes et qu'individus vous avez un immense pouvoir sur votre maternité, un pouvoir biologique, décisionnel, fondamental. N'ayez jamais honte de poser des questions, bien d'autres se seront certainement posé les mêmes dans ce cycle monumental de l'existence et de la vie humaine.
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now