Sauvegarder nos bébés du sexisme

J'écoutais ce matin en allant chez mes clients un podcast de l'émission "Les couilles sur la table" très instructif sur l'éducation des garçons. Comment pouvons nous élever nos fils et nos filles pour leur offrir la possibilité de s'épanouir en tant qu'individus et non pas en tant qu'objet de domination ou de soumission ? L'invitée étant l'autrice de l'ouvrage "Tu seras un homme féministe mon fils", Aurélia Blanc. J'aimerai revenir avec vous sur une partie du podcast qui m'a particulièrement interpellée tant elle démontre un problème conséquent dans nos sociétés : le sexisme déjà intronisé chez les nourrissons.





Pourquoi préserver nos enfants du sexisme ?

Enfermer les filles et les garçons dans un prototype du genre perpétue le patriarcat, domination masculine qui oppresse les deux genres, réduisant les enfants à des étiquettes distribuées selon leur sexe de naissance. La réalité de la société actuelle montre que le féminin, les activités dites "féminines" et ce qui se rapporte aux femmes en général est méprisable, médiocre, pas digne d'un garçon. Encore de très nombreuses familles interdisent à leurs fils de jouer à la poupée, activité "féminine" par excellence. Élever des enfants serait donc une "sous activité" dont les petits garçons devraient se tenir éloignés. Pas étonnant qu'autant d'hommes quittent le navire à l'arrivée de leur premier enfant me direz vous. A l'identique, les pleurs, les émotions, la sensibilité, l'empathie seraient des domaines réservés aux filles et les garçons sont naturellement poussés à la comparaison avec leurs pairs, à canaliser leurs émotions par le sport et à faire ressortir les trop pleins émotionnels par de l'agressivité vue comme acceptable et virile.

Cliché me direz vous ? Il est peut être inconcevable pour vous d'élever vos enfants dans ces archétypes et je vous en félicite chaudement. Et pourtant cela reste une réalité dans la majorité des familles françaises tout comme à l'école malgré le souhait de l'éducation nationale de donner une instruction non genrée aux enfants. (Souhait louable mais loin d'être une réalité car en effet selon un sondage BVA pour BFMTV, un élève sur cinq est confronté au sexisme à l’école dont 40% des lycéennes).

Une éducation sexiste donne ensuite lieu à un mode de vie sexiste. Il serait impossible de vous lister toutes les inégalités entre hommes et femmes qui morcellent notre société néanmoins en voici quelques unes : féminicides, insécurité, violences conjugales, inégalités de la répartition des tâches domestiques, mauvaise répartitions des femmes et des hommes dans les domaines des sciences, des postes à responsabilité, du sport, des médias, du patronat, de la petite enfance (etc.), inégalités salariales à postes équivalents, harcèlement sexuel dans la rue, au travail, en famille, dévalorisation des rôles dit "féminins", inégalité de la répartition de la parole, oppression religieuse, charge mentale...


L'éducation sexiste

Pour qui fait attention à la question, le clivage filles/garçons saute immédiatement aux yeux lorsque l'on côtoie des milieux avec enfants. Jeux genrés, compliments orientés, choix du sport, des vêtements, absence de mixité dans les anniversaires, les activités, remarques déplacées, choix de la culture...(Je vous passerai ma fatigue lors de la projection de "La reine des neiges 2" il y a deux semaines ou la salle était remplie à 90% de petites filles, ce qui heureusement n'a pas perturbé mon propre fils).

Mais est-ce dans le fond si grave ? Nous pouvons légitimement considérer que ça l'est tant l'éducation est le premier vecteur de marquages identitaires profonds qui ensuite forgent la société telle qu'elle est. Dire à une petite fille qu'elle est "jolie", "charmante", "calme", "attentive", ne serait pas un problème si les garçons du monde entier recevaient les mêmes compliments en lieu et place de récompenses pour leur "intelligence", "force" et "courage".

Les jeux sont également primordiaux dans l'éducation des enfants. Majoritairement, les garçons se voient offrir des jeux d'extérieur mobilisant leur corps, des jeux de science, de mécanique, de construction ou des jeux poussant au combat, à la domination ce qui encourage la violence plus ou moins passive jusqu'à pousser vers l'agressivité. Les filles elles sont plus volontiers poussée vers ce qui encourage le calme, la passivité ou la relation à l'autre. Si les jeux comme la poupée, le(la) marchand(e), le(la) coiffeur(se) sont excellent c'est qu'ils développent le langage et l'empathie. En priver les garçons est assez symptomatique de ce que l'on attends d'eux : être dominants.

Car à l'heure actuelle il est encore plus communément admis qu'une fille joue à des jeux de garçon que l'inverse bien que la notion de "garçon manqué" (expression horrible si l'en est...que nous manque t-il donc ?) soit encore très présente dans les familles. Et pourtant les garçons sont souvent demandeur de jeux différents de ce qui leur est proposé. Les peluches "pour fille" par exemple, pailletés et pleines de couleurs sont attirantes pour n'importe quel enfant, à l'image des t shirt à sequins ou autres déguisements de princesses. Il s'agit là d'une histoire de créativité, une formulation artistique, de goût pour la couleur, la forme, la matière. Nous pouvons alors nous interroger sur les peurs des parents qui interdisent certains jeux ou vêtements à leurs enfants. Peur de l'homosexualité dont on sait pertinemment qu'elle n'est ni grave ni encouragée par des choix de jeux ou de vêtements ? Peur de la féminité qui serait inférieure, qui n'aiderait pas à se battre et se défendre contre le monde brutal dans lequel nous vivons ? Qui n'encouragerait pas l'intelligence, la force et l'esprit d'initiative ? Comme moi vous savez que ce ne sont pourtant pas des qualités dont les femmes - et les homosexuels - sont dénués, bien au contraire...





Le sexisme chez les bébés

Mais alors qui dit éducation sexiste dit maternage sexiste. Si l'on est tenté de croire que c'est essentiellement dans la cour de l'école ou chez les grands-parents (ne me dites pas que vous n'y avez pas pensé...) que se jouent les grandes problématiques sexistes, pourtant on constate que les différences se creusent déjà in utéro. J'ai pu noter de mon expérience personnelle avec les parents que leur préférence en matière de fille et de garçon peut facilement s'expliquer par leurs peurs ou par un cliché sexiste. Je prends mon exemple. J'ai un fils et une fille. J'ai été très angoissée à l'idée d'attendre un garçon ne sachant pas si je serai en mesure de l'élever dans un monde aussi sexiste et terrorisée à l'idée de participer à ce vaste système contre lequel je me bats pourtant jours après jours. Si c'est une raison couramment entendue, les raisons d'être heureux d'avoir une fille ou un garçon peuvent être également tout aussi simple que l'est le sexisme en général dans la société : "si j'ai une fille je pourrais jouer à la poupée, l'habiller, la coiffer..." "si j'ai un garçon je pourrai l'initier à mon sport favoris, il pourra reprendre l'entreprise familial"....

Préserver son bébé du sexisme s'axera sur de nombreux petits points visant à le materner "comme un bébé" et non "comme une fille" ou "comme un garçon". Il s'agira par exemple dès le départ d'éviter les clichés de genre sur votre fœtus. Les coups sont vigoureux ? "C'est bien un mec". Le foetus est calme ? "C'est bien une petite fille !". Valoriser la taille du pénis du fœtus sur une échographie est également une pratique courante et enfermant le petit garçon comme n'existant déjà que par le prisme de sa virilité. Lorsque bébé est né, l'industrie de la puériculture sera heureuse de vous vendre des bodys "fort comme papa" (que dire de maman qui a encaissé un accouchement ?) ou "belle comme maman" (qui est très heureuse de se voir ramenée à son physique sans arrêt). Des études* ont montré que l'on prêtait également des intentions différentes aux pleurs selon le sexe du bébé, les garçons passant pour "puissants" "ne pleurant pas pour rien" "affirmés" alors que les pleurs de filles étant comparés à "des caprices" "plus aigus" (ce qui est faux), "plus fréquents". Et que dire des besoins du nourrissons qui sont vus selon le sexe de l'enfants et qui peuvent entraîner une privation ? Il n'est pas rare d'assister à un véritable sexisme du maternage notamment, considérant que l'allaitement, les câlins, le peau à peau sont plus adaptés à une fille qu'à un garçon qui risque de trop s'attacher à sa mère, de devenir homosexuel ou de développer sa sensibilité "à outrance". Que veut dire "trop s'attacher à sa mère, devenir homosexuel" ? En considérant que cela soit vrai, quel en serait le mal ? Car l'attachement, l'homosexualité ou la sensibilité ramènent tous à cette notion de "féminin" moins acceptable car plus faible voir carrément méprisable. Ainsi certaines mères se font accuser d'inceste lors de l'allaitement de leur bambin garçon, niant précisément les besoins fondamentaux des enfants au profit de leur genre. Je ressens également autour de moi une crispation nette autour de l'habillement des bébés. Choisir des couleurs en fonction du genre enferme déjà l'enfant dans un conditionnement selon lequel certaines choses sont "pour filles" et d'autres "pour garçon". Que certaines choses sont interdites à un genre et pas à l'autre et qu'il est normal et acceptable pour la société de fonctionner sur ce mode. Si il est beaucoup plus acceptable d'habiller un bébé fille en bleu, il sera difficile, douloureux voir inconcevable pour la plupart des parents de vêtir son bébé garçon en rose ou avec des vêtements estampillés féminins (notamment à base de motifs ou d'inscriptions type "love"). La raison encore une fois en est toute simple. Une salopette voiture amène un esprit positif dans l'esprit des gens qu'elle soit portée par une fille ou un garçon. La mécanique est virile, affichable, recommandée. Les petits cœurs eux sont orientés vers l'amour, la sensibilité. Ils sont tout à fait acceptable pour une fille mais intolérable à concevoir pour un garçon qui se voit privé dès ses premiers jours de vie de symboles pourtant universels comme l'amour ce qui en dit très long sur les souffrances que doivent subir les hommes sensibles au quotidien et l'enfermement inconscient de tous les autres. Il existe également un vrai interêt marketing des marques à ce que vous genriez votre enfant, ainsi vous achetez des vêtements supplémentaire lorsque vous avez un deuxième enfant et avez tendance à plus varier les gardes robes.

L'accès à la culture des enfants et des bébés, les livres lus dès tout petit apportent également une vision particulière à l'enfant des rôles dans la société, dans la maison, dans l'imaginaire. Si petit ours brun est un ami sympathique, on pourra néanmoins noter que son papa est très heureux dans son canapé avec son journal alors que sa maman, ménagère hors pairs se démène aux tâches tout en s'occupant de son fils lorsque nous n'avons pas droit à des dialogues ouvertement sexistes du style "j'emmène maman dîner au restaurant puis au spectacle" en lieu et place de "nous allons dîner au restaurant". Il ne s'agit pas de faire une guerre à tout ce qui n'est pas parfaitement égalitaire mais au moins de saisir les opportunités sexistes pour poser avec des mots les explications que vous souhaitez apporter à votre enfant. Vous pouvez également changer le genre des personnages ou carrément l'histoire ce que je fais sur la majorité des livres de notre bibliothèque enfantine.

Je vous encourage également à faire attention aux projections des personnels de santés sur votre enfant (les remarques des échographes sont souvent notées par les parents) et à notifier avec bienveillance vos envies et attentes aux personnes qui s'occuperont de vos bébés en expliquant votre souhait de les voir jouer et évoluer avec tout le matériel à disposition que ce soit des filles ou des garçons.

La vigilance quant au sexisme commence donc aux prémices de la vie au moment même de s'interroger sur la question de notre désir d'un genre plutôt que l'autre puis de ce que l'on va faire de cette information. Si vous êtes déjà sensibilisés à ces questions de l'éducation sexiste des bébés et des enfants, n'hésitez pas à aborder la question autour de vous et à ne pas avoir peur de faire entendre votre voix. Il est difficile d'accepter que des inconnus se trompent sur le genre de votre enfant dans la rue ou que des enfants se moquent de votre fils. Cela ramène directement à nos failles, à nos doutes, à un conformisme confortable.

Néanmoins les mentalités seront très difficiles à changer sans évoquer au minimum le sujet avec les enfants et en prenant toute moquerie ou remarque pour une occasion de dialogue, d'explication, de reflexion avec votre enfant ou avec les personnes directement concernées. Car même si nous faisons au mieux à l'intérieur de nos maisons, les lieux publics et en particulier l'école sont des machines à remonter le temps ou le sexisme est intégré dès la maternelle et souvent bien avant.


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