© 2020 Tous droits réservés à Hélène Rock

Puis un jour, c'est le burn out...


Burn-out maternel est une situation très douloureuse à la représentation ambiguë. Ce surmenage pris de plus en plus au sérieux par de nombreux professionnels, est encore globalement tue par la société et surtout bien camouflée par les familles, honteuses de ne pas coller au tableau idyllique dépeint par la naissance d'un enfant. Seulement, à force d'accumuler les tâches, de manquer d'écoute et de respect de ses besoins, c'est un jour un point de non retour qui s'opère dans l'esprit de la mère où le pire peut être à craindre, de l'hospitalisation à la maltraitance en passant par l'installation lente et insidieuse vers la dépression.





Le burn-out, quand le corps et l'esprit n'en peuvent plus.


D'ailleurs, le burn out maternel n'est ni une dépression post-partum ni un baby blues. Maladie psychiatrique pour l'une, cocktail hormonal pour l'autre, le burn-out est pour sa part un surmenage lié au quotidien, au débordement, à l'impression de tout donner tout le temps, impression bien souvent traduite en faits et à ce sentiment d'obligation de répondre aux injonctions de la bonne mère, de la bonne épouse, de la gestionnaire du foyer et du couple. La femme n'a plus la possibilité d'écouter ses besoins qui sont généralement niés ou jugés par l'entourage, n'a plus de temps pour recharger ses batteries et entre dans une spirale de don de soi incompatible avec un quotidien épanouissant. Mais existe t'il un burn-out paternel ? Sans doute, néanmoins si la dénomination du burn-out maternel comporte le mot "maternel" ce n'est pas un hasard. En effet la charge mentale que subissent les femmes en général dans la société et particulièrement les mères est loin d'être étrangère au burn-out maternel. D'après le site https://www.inegalites.fr, les femmes consacraient 1h20 de plus aux tâches domestiques que les hommes, temps qui ne compterai ni la charge mentale ni les cas spécifiques liés aux enfants notamment (maladies, enfants à besoins particuliers etc). D'un point de vue purement personnel, et ayant la chance d'avoir chez moi un homme attentif, militant féministe et très engagé dans l'égalité, je me vois tout de même passer plus de 45 minutes de ma soirées dans la cuisine et 30 minutes de mon temps de travail (je travaille essentiellement chez moi) dans la buanderie, ajouté à plusieurs minutes quotidienne à préparer le déjeuner de midi pour deux, sans parler des minutes à aller chercher des denrées oubliées, à planifier les rendez vous de la famille sur mon temps de travail et à ramasser, ranger, laver de-ci de-là pendant la pause pipi. Alors imaginer ce qu'il en est dans les familles où l'homme se pense un peu moins concerné me donne le tournis. Penser à tout, tout le temps. Même pour les femmes ayant un conjoint "participant" aux tâches de la maisonnée, les témoignages sont souvent les mêmes "il va chez le pédiatre avec le petit, je dois lui rappeler son heure de rendez vous, lui donner le carnet de santé dans les mains, courir après la voiture avec le doudou de mon fils dans les bras et lui rappeler de passer prendre du pain au retour, tout en lui glissant sa carte vitale dans la poche". Loin d'être caricaturale cette situation mêlant l'obligation induite des femmes à être les gestionnaires du quotidien familiale, la difficulté des mères à déléguer et le laisser vivre des hommes, ajoutés aux autres situations de vies stressantes auxquelles elles sont confrontées, dans leur vie professionnelle par exemple, peut vite tourner au burn-out. Sentiment d'autant plus accentué avec l'arrivé d'un nouveau-né, souvent aux besoins intenses, et le manque d'écoute et d'aide de l'entourage. Car si le burn-out maternel peut se diagnostiquer chez toutes les mères, peut importe l'âge de leurs enfants, la période de post-natale directe reste une période clé dans la protection de la mère et l'écartement de sa charge mentale pour lui permettre de tout doucement intégrer psychologiquement et à son quotidien son nouveau rôle de maman.


Comment le quotidien se transforme en burn-out ?

Très souvent les femmes jonglent avec leur équilibre familiale, récupérant sur de courtes périodes pour enchaîner très vite avec de nouvelles tâches, et ce pendant des années. Alors comment le quotidien se transforme t'il en burn-out ? Généralement, l'ajout d'une cause de stress supplémentaire suffit à faire basculer un équilibre précaire dans la détresse. Déménagement, problématique parentale, changement de poste, humeur déclinante du conjoint, deuil familial, les causes peuvent être aussi diverses que nombreuses et ajoutant une charge supplémentaire sur la femme elles transforment alors le quotidien en enfer. Les proches ont également une responsabilité énorme dans le burn-out maternel. Personne pour garder les enfants, plus de soirées de couple, aucun ami à qui se confier (saviez vous que le nombre d'ami se réduit à chaque nouvelle étape de vie ? couple, mariage, puis parentalité ?), peu d'aide dans les tâches diverses, voir des amis venant ajouter leurs propres charges sur la femme déjà fragile et surmenée. Je n'ai pas souhaité apporter mon propre témoignage à cet article, mais je ressens le besoin d'apporter un peu de mon expérience personnel pour étayer mes propos : j'ai moi même été diagnostiquée en burn-out maternel fin 2018. Après une année d'achat immobilier cauchemardesque et tous les affres du déménagement dans l'ancien logement comme dans le nouveau, j'ai à nouveau du faire face à de nombreuses difficultés avec mon fils précoce comme très souvent au cours de ma maternité, mais ajouté à cela les doutes de mon mari à propos de notre changement de vie, de son avenir professionnel, le lancement de ma nouvelle activité, mon activité principale (à l'époque) d'artiste (qui n'arrivait plus à créer sous pression), ma fille que ce changement de vie (ou l'intensité de ma détresse) avait perturbé et qui ne dormait plus la nuit en plus des tâches quotidiennes et de la gestion du foyer, j'ai eu une violente crise de burn-out. Je trouve que cette situation est assez parlante concernant la façon dont les femmes peuvent faire un burn-out à partir d'une escalade de faits et de négation de leurs besoins.


Les symptômes du burn-out maternel


Si l'on diagnostique souvent le burn-out après une crise ou la décision d'aller consulter suite à des idées noires ou planification de "tous les abandonner", le burn-out en réalité s'installe petit à petit dans la vie de la personne concernée jusqu'au point de non retour. La crise qui en résulte peut aller des idées comme le divorce, l'abandon voir la mort des enfants, planification de partir, envies de suicides, jusqu'aux passages à l'acte de maltraitances sur les proches et enfants, sur soi même, "pétage de plomb" avec saturation qui entraîne des déchaînements sur les objets ou des crises de larmes, jusqu'à l'irréparable infanticide ou suicide dans les cas les plus extrêmes, et souvent liés à d'autres facteurs de fragilité émotionnelles, psychiques ou psychiatrique. Contrairement à la dépression post-partum dont nous pourrons reparler, le burn-out non seulement peut se régler avec plusieurs aménagements du quotidien mais il est également très différent dans le ressenti de la victime qui hors des cadres de stress peut rester motivée, la tête à ce qu'elle fait, peut être enthousiaste et même ressentir un contentement et du bonheur si ses besoins sont comblés. De très nombreuses femmes ne voient d'ailleurs pas le burn-out s'installer dans leurs vies car elles peuvent récupérer rapidement en étant seule ou en pouvant se concentrer quelques minutes sur une tâche personnelle, elles ont ainsi l'impression que le problème était provisoire, jusqu'aux prochains symptômes. Voici une petite liste non exhaustive de ces symptômes : Stress, agacement, pleurs, sentiment d'être débordé, colère intense et soutenue, insomnies ou au contraire envie de dormir constamment, besoin d'en faire toujours plus (généralement pour régler ce qui est en suspend et espérer gagner du temps libre), irritabilité, agressivité envers la famille, souvent les enfants et en général envers tout être ou objet créant une entrave aux besoins immédiat, impossibilité de se détendre, panique, perte de libido, impression d'être "un animal en cage", explosion de rage, actes inconsidérés et impulsifs (jeter toute une chambre d'enfant par la fenêtre pour un jouet mal rangé par exemple), regrets, culpabilité, incapacité à demander de l'aide ou à déléguer...





Diagnostique et guérison


Le burn-out maternel n'est pas pleinement considéré comme une maladie psychiatrique et pourtant il est important pour moi de parler de guérison. La négligence de soi et de ses besoins demande une fois pointée une grande reconnexion et à mon sens une période de guérison intense. Il arrive très souvent que les femmes s'auto-diagnostique, qu'un jour elles entendent parler de ce burn-out quelque part et s'y retrouvent en tout point. Parfois, une violente crise où la femme ne se reconnait plus elle-même, une pensée agressive envers son enfant ou une envie violente de fuir peut l’amener à consulter. Avec une série de questions très simples le médecin pourra diagnostiquer le burn-out. Malheureusement la médecine est souvent impuissante à court terme. Souvent, il est proposé à la jeune mère d'aller se reposer quelques temps en maison de repos, proposition très rarement acceptée car là encore, ne pouvant souvent compter que sur elle-même, la mère en burn-out ne peut s'organiser du temps à cette fin et délaisser ses tâches immédiates et ses enfants. Une médication peut être également envisagée, souvent par méconnaissance du sujet, confondu avec la dépression, mais le seul réel moyen d'enrayer un burn-out maternel est de supprimer les sources de surmenage.

La guérison doit s'opérer par étape : reconnaître le burn-out / reconnaître les causes du burn-out / trouver (ensemble !) des aménagements et réfléchir (ensemble !!) à des solutions pour éloigner les facteurs de stress / se tourner vers des personnes ressources / aménager de longs moments de récupération et mettre les besoins de la mère en priorité absolue / accepter d'en faire moins et de déléguer / expliquer aux enfants et impliquer la famille. Attention à ne pas remplacer un facteur de stress par un autre. Faire venir le père de votre mari qui souffre de problèmes de santé pour s'occuper des enfants, tout déposer sur votre conjoint, supprimer les rares choses qui vous font plaisir, comme certaines activités sportives ou loisir sous prétexte que cela vous fera gagner du temps sont de fausses bonnes idées. Soigner un burn-out est sans langue de bois. Cibler exactement ce que vous ne pouvez plus supporter, ce qui n'est pas votre rôle de supporter, pour l'éliminer ou le déléguer. Parfois les injonctions à être "la meilleure mère possible" poussent également les mamans à ajouter quantité de choses dont elles peuvent se passer, momentanément ou définitivement sans pour autant nuire à la relation qu'elles entretiennent avec leurs enfants. N'oublions jamais qu'un enfant sera toujours plus heureux de voir sa maman heureuse qu'en mangeant un gâteau maison avec une mère surmenée à ses côtés. De plus, en apprenant à vos enfants à écouter vos besoins vous les encouragez pour la suite à faire de même avec eux même et avec autrui.

Vous faire accompagner d'un/e psy ou thérapeute sur ce chemin et sur le long terme pour apprendre à déléguer, à cibler vos envies et besoins, à faire des aménagements dans votre vie est un excellent moyen d'avancer ensemble. Vous pouvez également faire appel à une doula et à de nombreux services d'aides à la personnes qui vous permettront en plus de récupérer une partie de cet argent investi sur votre prochaine fiche d'imposition. Ces services peuvent également vous être prescrits et remboursés partiellement par la CAF.

Témoignage


Pour terminer cet article vous propose le témoignage de B. qui a accepté de revenir en quelques mots sur son burn-out maternel et que je remercie profondément :

"Quelques mois après la naissance de ma deuxième fille, j’ai commencé à me sentir tellement épuisée que j’avais du mal à m’occuper pleinement et avec plaisir de mes enfants. Parfois, je voyais mon bébé pleurer, je savais que je devais le porter pour le calmer, mais je n’en avais pas la force, mon corps ne bougeait pas. Je me suis dit, pendant 1 an, que c’était normal, que j’étais juste fatiguée, que c’était parce que j’étais avec elles 24h sur 24, étant en congé parental. Je pensais que ça s’arrangerait avec ma reprise du travail en septembre. Mais aux premières vacances scolaires, je me suis effondrée. Pendant une semaine, dès que j’étais seule, je pleurais, sans pouvoir m’arrêter. J’ai fini par contacter une psychologue, grâce à une amie. Lorsque j’ai déballé mon histoire en vrac à la psychologue, elle m’a dit que j’étais en situation d’épuisement maternel. Et elle m’a proposé de m’hospitaliser pendant 2 semaines pour me reposer. J’ai eu très peur : j’allaitais encore mes deux enfants, je ne voulais pas être séparée d’elles aussi longtemps. Même si, au fond de moi, j’en rêvais, de dormir, enfin ! Alors j’ai refusé, et j’ai commencé une thérapie avec la technique de l’EMDR, qui a donné des résultats assez rapidement. En parallèle, ma psy me donnait des conseils, comme une coach de vie, pour mettre en place des aménagements, apprendre à demander de l’aide, à écouter mes besoins, à poser des limites… Je me sacrifiais trop pour mes enfants en m’oubliant totalement, et ça depuis la naissance de mon aînée, 4 ans plus tôt. Aujourd’hui, je n’en suis pas sortie, je fais encore des crises de panique à l’idée de me retrouver seule avec mes enfants, et je dois encore lutter pour que les aménagements mis en place le soient de façon durable, pour ne pas revenir en arrière et retomber dans l’épuisement. Je continue de voir ma psy."


Ressources : Association Maman Blues : http://www.maman-blues.fr/

"Le burn out maternel, comment j'en suis sortie" de M.C Eustache

"Quand les mères craquent" de Etty Buzyn *** Hélène Rock, doula et accompagnement du féminin dans le Vaucluse et Sud Drôme Vous aimez mes articles ? Partagez les sans modération ! Suivez moi sur facebook et instagram !

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now