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Pourquoi le maternage proximal est un enjeu de société majeur

Je reviens de deux jours aux journées des doulas à Paris, journées ayant pour but d'assurer une continuité dans la formation et la rencontre des doulas françaises mais étant bien sûr ouvertes à tout public s’intéressant aux questions relative à l'accompagnement, à la périnatalité et au féminin. J'ai appris beaucoup de choses durant ces journées ayant pour thématique "au cœur du corps" mais j'avais envie d'axer mon retour sur la proximité et le lien mère enfant.


Plusieurs thématiques ont été développées m'amenant à attirer votre attention sur le maternage proximal qui est entrain de devenir une de mes priorités voir un véritable cheval de bataille tant les enjeux de la proximité mère-enfant sont cruciaux à court termes mais également à long terme. J'ai assisté à différentes conférences et ateliers ayant pour thème le microbiote maternel, les réflexes archaïques, la plagiocéphalie, le peau à peau, les difficultés de succion. Si ces termes un vous paraissent étrangers, un peu scientifiques ou barbares, ils sont en fait d'une grande simplicité et je vais m'appliquer à ce qu'il vous paraisse familier à la fin de cet article. Tous liés, ils sont une cause commune : assurer la continuité de la dyade mère enfant.





Qu'est ce que le maternage proximal et quels en sont les enjeux ?


Avant de développer, j'aimerai revenir rapidement sur le terme "maternage proximal". Pratiquer le maternage proximal ou "continuum" c'est permettre de créer à votre bébé une vie qui soit le prolongement de sa vie utérine pour lui permettre le développement optimal de ses capacités affectives et cognitives.

Le maternage proximal se traduit par une réponse immédiate, stable, prévisible et à la juste mesure des besoins de l'enfant par le parent. Il induit de comprendre ses besoins, son fonctionnement neurologique, ses stades de développement, et d'adapter sa réponse en fonction. Si le besoin du bébé est comblé tout au long de son développement et de sa petite enfance (et l'on espère, bien après), alors ses capacités lui permettront d'évoluer avec aisance dans la vie. Si au contraire ses besoins sont manquants, le bébé évoluera vers un enfant présentant des carences affectives voir cognitives puis vers un adulte possédant un certain nombre de ce que l'on appelle "schéma inadaptés" qui se traduisent par des peurs sociales, des angoisses d'abandon, de séparation, des troubles anxieux et à plus large échelle une tendance à la dépression, aux troubles psychologiques, aux pathologies psychiatriques voir à des conduites suicidaires. Dans son ouvrage "Quand un enfant se donne « la mort »", Boris Cyrulnik nous explique l'importance du continuum pour la construction saine d'un individu et à quel point l'enfant suicidaire (car oui, cela existe) ou l'adolescent à pu avoir un manquement dans sa construction sécure au cours de sa petite enfance (généralement ensuite camouflé par des expériences de drogue, de boisson, des rencontres inappropriées, des test auto destructeurs, tous issus d'un manque de repère affectifs). Le maternage proximal n'est pas une histoire de beauté du geste, de poésie de la maternité. C'est véritablement la première des portes vers l'individu sain. Et Dieu que sait que notre société actuelle, souvent sous anxiolytiques, perdue sur de nombreux points sociaux et affectifs, est en perte d'identité sécuritaire.


Quels sont les besoins du bébé


J'aimerai revenir rapidement sur les besoins du bébé. La première des choses à retenir est que le bébé est un être qui possède un certain nombre de besoin in utéro. Le bébé ne "nait" pas le jour de sa "venue au monde", il se créé petit à petit au fur et à mesure de la grossesse et durant toutes les années à venir. Durant la grossesse, le fœtus à besoin de la même attention et de la même constance qu'après sa naissance. Communication et amour lui sont fondamentales. Le bébé est nourri par sa mère, il bénéficie de son microbiote (sa flore microbienne) qui va constituer son système immunitaire et il constitue ses réflexes archaïques (c'est la toute première phase de son développement neurologiques). Une grossesse attentive, un accouchement non déclenché et naturels sont les premiers garants de son bien être et même de la continuité de l'acquisition de ses réflexes (un certain nombre de réflexes s'acquière durant l'accouchement, nous pourrons en reparler...). - Ses besoins dès la sortie du ventre de sa mère sont clairs, il n'a besoin que d'elle. Si des soins médicaux sont nécessaires ils sont bien entendus recommandés, mais en vous renseignant auprès de votre doula (ou d'ouvrages dédiés), vous vous rendrez compte qu'ils sont peu nombreux en réalité. L'environnement de la salle de naissance est hostile pour le bébé, tout comme la lumière, les odeurs inconnues, les bras inconnus, les sons inconnus. - Un nouveau né reconnait l'odeur de sa mère, le son de sa voix, il est sensible à ses hormones. Sa présence entière le sécurise comme rien d'autre. - Durant la période postnatale et les mois suivant, le nouveau né va continuer à ses développer. Son cerveau va maturer, se constituer. Naissant particulièrement immature, le nourrisson n'est en rien comparable à un enfant plus âgé ou à un adulte. - Aucun des besoins d'un bébé n'est comparable à un caprice ou à une demande exagérée. La manipulation n'existe pas chez l'enfant. De très nombreuses études et ouvrages sont consacrés au cerveau du bébé, je vous en indiquerai quelques uns de références en fin d'article. - Un nouveau né à besoin d'être aimé, de communiquer, d'être porté, d'être contenu, d'être nourri, d'être tenu propre, de réaction stables et appropriées et d'évoluer dans un milieu connu et sécurisant. Rien d'autre n'a d'importance. Un enfant garde un besoin prioritaire de proximité avec sa mère et ses parents en général jusqu'à au moins 7 ans. - L'allaitement maternel couvre non seulement une immense partie des besoins fondamentaux du nouveau né mais il permet aussi l'acquisition de certains réflexes supplémentaires, maximise le besoin immunitaire et à de nombreux effets positifs sur le rétablissement de la mère et sa santé psychologique.





Comment garantir un maternage proximal efficace ?


"Le bébé est un mammifère" est le titre du best-seller de Michel Odent. Ce titre controversé à sa sortie nous indique la seule chose dont vous devez réellement avoir conscience lors d'un maternage proximal. La priorité des parents modernes à la naissance d'un enfant va être d'acheter pour lui. Acheter un transat, acheter une poussette, acheter des biberons tout neuf. Nous assistons (pour ma part avec un grand sentiment d'impuissance) à la forme la plus pure de distance entre le bébé mammifère et ses parents, humains actifs désireux de couper le cordon ombilicale dès les premières secondes de vies, au propre comme au figuré et de positionner le bébé à une place qui n'est pas la sienne et qu'il ne devrait pas avoir à porter.

Partant du postulat qu'un bébé à avant tout besoin de sa mère, aucun des accessoires de distance que vous n'achetez pour votre bébé ne réponds à son besoin. Peut être effectivement qu'il répond au votre et jamais je n'insinuerai que vous êtes des bourreaux d'enfants en posant votre bébé quelques minutes.

Le "métier de parent" est complexe, requière beaucoup d'aide, de temps, d'écoute et de bienveillance, surtout lorsque l'on prends conscience des enjeux d'un maternage proximal efficace.

Mais il s'agit là d'utilisation normée et abusive de ces ustensiles contribuant non seulement à la distance entraînant toutes les conséquences affectives et cognitives vues plus haut mais également à des problèmes de santé pouvant être modérés à graves comme la fameuse "plagiocéphalie" ou "syndrome de la tête plate".

De plus en plus de bébés ont en effet des déformations pouvant être grave de l'arrière du crane lié au fait d'être en position couchée une grande partie de la journée. Ces déformations ont pour conséquence divers problèmes moteurs, cognitifs, peuvent entraîner des défaillances de succion, des pathologies de la dentition...la liste est longue et j'y reviendrai. La solution semble pourtant simple et toute trouvée : l'écharpe de portage sécurise, permet la mobilité et l'activité des parents tout en répondant à l’entièreté des besoins du bébé. Un maternage proximal induit également de ne pas laisser un bébé dormir seul (le cododo est le système de sommeil le plus sécure pour votre bébé et le plus pratique pour vous surtout en cas d'allaitement, il doit être pratiqué selon certaines règles, n'hésitez pas à vous renseigner à son propos), de répondre systématiquement à ses pleurs (laisser un nourrisson pleurer la nuit entraîne des conséquences neurologiques irréversibles) et d’amener la plus grande des proximités entre lui et vous afin de garantir son développement optimal en pratiquant notamment le peau à peau à toute occasion vous semblant appropriée (stress, pleurs, inconfort, maladie, pour le plaisir...) et aussi longtemps que vous le souhaitez même si votre bébé est déjà en âge de marcher ou que vous l'avez sevré.


Tu vas en faire un pourri gâté, ça n'a jamais tué aucun bébé de...

Littéralement, le maternage distal tue, pour diverses raisons que je n’énuméreraient pas ici (j'ai déjà plombé un peu l'ambiance en parlant de suicide d'enfant, j'en ai conscience) mais vous trouverez facilement les statistiques sur les dangers du matériel de puériculture. Mais de façon moins littérale, j'entends souvent "une fessée, ça ne m'a pas tué", "dormir seul ça lui apprends la vie", "on va pas se faire culpabiliser pour poser un bébé dans un maxi cosy". Mon but n'est pas de vous faire culpabiliser mais de vous donner des informations. Un bébé n'est ni fait pour rester dans un maxi cosy, ni fait pour dormir seul et encore moins pour être frappé ou laissé à pleurer. Ce que les parents considèrent fréquemment comme un "gain de temps" ou une "facilité" (laisser pleurer un bébé plutôt que de s'en occuper, déléguer son parentage à des outils divers et variés ou à des tiers...) pourra sembler comme tel sur le moment mais aura de grandes chances de se répercuter à long terme sur de nombreuses conséquences à tous les stades du développement, ce qui est rarement le souhait des parents. Il en est de même pour le fameux "Il va être tout le temps collé à toi, tu vas en faire un pourri gâté". Mes intérêts de toujours pour la psychologie m'ont apporté un nombre incalculable de preuves sur les répercutions du manque d'amour ou d’intérêt à l'âge adulte. Je donne d'ailleurs fréquemment cet exemple : imaginez vous après une journée pénible, angoissante, à rentrer du travail en pleurs, à aller voir la personne qui partage votre vie en lui disant "j'ai besoin d'un câlin, je suis bouleversée". Pensez vous que d'entendre "ah non, tu vas te gérer seule parce que sinon tu auras besoin de moi en permanence après", vous aidera à prendre confiance en vous et en cette personne ? Ou qu'au contraire vous serez en colère, avec un sentiment d'injustice, d'être non considéré, d'être diminué, ramené ne dit on pas, à votre stade de "petite fille/petit garçon", bref "infantilisé" ?

Toute sécurité affective et émotionnelle offre aux individus la possibilité d'être autonome, indépendant, en confiance, de réagir avec rationalité, d'être en phase avec ce que l'on appelle "l'adulte sain", de réfléchir posément et d'avoir un comportement mesuré et donc une accessibilité plus évidente à la socialisation épanouie et au bonheur. Il est toujours très intéressant de questionner des parents souhaitant "autonomiser" un bébé sur la façon dont ils ont eux même été maternés et de constater quels sont les points qui "pêchent" dans leur vie, leur sécurité affective et leur développement psychologique. Les conclusions n'en sont généralement pas étonnantes...





Puis c'est la culpabilité qui s'installe


Bien sûr j'aimerai vivre dans ce monde ou chaque parent serait en connexion profonde avec son bébé (et avec les besoins de tous les autres êtres humains autour de lui), ou les bébés seraient écoutés, entendus, aimés, maternés, allaités... Mais on sait vous et moi qu'il ne s'agit pas de dire pour faire. J'ai moi même commis un grand nombre de ce que je qualifie "d'erreurs" avec mon premier enfant. Maxi cosy, transat, trotteur, tour de lit, biberon, j'ai tout eu, tout fait et aujourd'hui je ne peux m'empêcher de me noyer sous ma culpabilité de se maternage distal qui a mis tant de distance entre nous sur tous les plans et a entraîné à approfondir les difficultés que j'avais déjà de par mon parcours et mon inexpérience en tant que très jeune mère. Car nous avons tous notre histoire, notre passé, notre entourage, nos biais de confirmations, nos certitudes, nos doutes, nos craintes et il faut composer avec tout cela en devenant parent. A aucun moment je ne souhaite vous dire que ce que vous avez fait est mal, non approprié, que ce que vous vous apprêtez peut être à faire vous transforme en bourreau d'enfant. Je sais à quel point il est difficile d'être parent et à quel point nous avons besoin d'aide dans ces débuts. Car -n'en déplaisent à ceux qui me disent qu'il revient au même d'avoir la responsabilité d'un chat ou celle d'un enfant - votre rôle est de constituer, de créer, un être en devenir, d'avoir la responsabilité de son développement affectif, cognitif et mental. Cette charge est énorme et je pense peut être considérée de tâche la plus complexe surtout à partir du moment ou l'on décide de "faire autrement", différemment, de se placer du point de vue de l'enfant. Une aide et une forte ténacité est nécessaire ainsi qu'un accord avec le deuxième parent. Mais j'ai confiance en vous et je ne fais qu'apporter les informations dont vous pouvez vous saisir pour amorcer un chemin qui sera, je vous l'assure, le plus juste pour vous et pour votre enfant. J'ai vu de mes yeux des enfants élevés selon ce principe et je pense que le simple constat de l'équilibre de ces enfants peut faire évoluer n'importe quel parent. Seulement le maternage distal est une mode, c'est un commerce, un business, comme tant d'autres choses superflues voir nocives qui s’immiscent dans notre quotidien. Détourner un société entière, une norme entière est courageux et immensément difficile. Ne culpabilisez pas de poser un peu votre bébé, de quelques pleurs auxquels vous n'avez pas pu répondre dans la minute, restez dans la mesure et persuadez vous que vous êtes en perpétuelle évolution. La bonne nouvelle c'est que le maternage proximal est très simple, que l'ocytocine produite par le maternage proximal boost la motivation, l'amour et l'intérêt que vous porterez à votre enfant. L'autre bonne nouvelle c'est que de nombreux professionnels de santé sont là pour vous aider, par leur expérience et leurs écrits. Et enfin, rien n'est irrattrapable. Il n'est jamais vain de recréer un lien fort, puissant, animal avec ses enfants, peut importe leur âge, peut importe ce que vous avez fait ou pas fait avant. Le tout est la conscience et la motivation que vous y mettrez maintenant. Parce que vous êtes les garants du monde de demain.

Quelques livres pour vous aider à y voir plus clair :

Comment fonctionne le cerveau de bébé - John Medina Le Concept du continuum - Jean Liedloff Le bébé est un mammifère - Michel Odent Elever son enfant autrement - Catherine Dumonteil-Kremer

Au coeur des émotions de l'enfant - Isabelle Filiozat

Le cododo - Claude Suzanne Didier Jeanjouveau

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Hélène Rock, accompagnement à la grossesse, à la naissance, au postnatal, accompagnement du deuil périnatal (IMG, IVG, perte d'enfant...), au féminin et aux parcours PMA dans le Vaucluse, Bouches du Rhône, Gard et Sud Drôme.

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