Péridurale, on vous dit la vérité ?


Remettre en question la péridurale, panacée permettant supposément aux femmes de vivre un accouchement "totalement sans douleur", c'est prendre le risque de passer pour anti-médecine et anti-féministe, deux choses que je ne suis absolument pas, vous commencez à me connaître. Ceci dit, remettre en question ne veut pas dire "être contre", mais s'interroger, se poser de nouvelles questions. Ainsi dans cet article nous nous contenterons des études scientifiques et des faits mais j'aurai néanmoins le sentiment de vous mentir si je ne creusais pas un peu plus loin que les banales informations types sur la péridurale car cette intervention n'est pas si anodine que l'on peut le croire au vu de sa banalisation. Je me suis donc permise de mettre sur le tapis un certain nombre de faits et pas uniquement ceux vantant la péridurale comme étant une solution miracle. Je suis intimement persuadée que l'histoire de la péridurale est très liée à l'histoire de l'infantilisation et que son utilisation normée dépasse de très loin le souhait de ne pas faire souffrir les femmes. Penchons nous sur le sujet.

PS : je fais mention à un endroit dans cet article d'avoir été victime d'effets secondaires graves de la péridurale, si vous souhaitez en savoir plus, contactez moi en privé, je ne souhaite pas influencer les choix par mes expériences personnelles.





La péridurale, c'est quoi, ça sert à quoi ?


La péridurale est une norme en France, selon les derniers chiffres 82% des primipares (premier accouchement) y ont recours et 58% des multipares (accouchements suivants). L'anesthésie péridurale est pratiquée par un médecin anesthésiste-réanimateur, localement, par installation d'un cathéter dans la zone péridurale qui envoie une solution anesthésiante et permet de bloquer le signalement nerveux de l'utérus afin de supprimer partiellement ou totalement la douleur de l'accouchement. Dans certaines maternité, la future mère est reliée à une pompe lui permettant de doser les injections d'anesthésie. Bloquée à une certaine mesure, elle ne peut donc pas en abuser mais cette alternative lui laisse également la possibilité de sentir plus ou moins son accouchement.


Quelles sont les conditions de la pose ?


La péridurale est généralement posée à la femme à partir de 3 ou 4cm de dilatation et jusqu'à 8cm (l'expulsion étant possible à 10cm de dilatation). A partir de 8cm, il est généralement admis que la péridurale n'aura pas le temps de faire effet avant l'arrivée du bébé, de plus cela signifie en général que la femme a fait le plus gros du travail en terme de douleur.

Suivie ou inscrite en maternité, la femme enceinte à une visite obligatoire chez l'anesthésiste avant son accouchement, autour du 7e mois de grossesse. Ses antécédents sont exprimés, une consultation est réalisée. Dans la majorité des cas il n'y a pas de contre-indication à la péridurale, néanmoins certaines maladies ou infections peuvent remettre en cause votre choix : un trouble de la coagulation, une possible infection de plaie, de la fièvre, certaines maladies neurologiques, les allergies aux produits anesthésiants, certaines malformations dorsales, et dit on, certains tatouages, bien que cette affirmation soit remise en question fréquemment et relève plus d'une légende urbaine que d'une réelle contre indication*. Il est donc important de spécifier toutes vos particularités et antécédent lors de ce rendez vous afin d'être certaine de pouvoir ou non bénéficier de la péridurale et éviter les éventuelles complications le jour J (bien qu'a priori ce ne soit pas à vous de faire ce travail d'investigation mais l'histoire m'a montré qu'il vaut mieux prendre les devant...).


Est ce que ça fait mal ?


Les médecins vous diront que non, personnellement je n'ai comme je l'ai dit aucune envie de vous mentir, c'est une possibilité. La pose du cathéter se réalise à l'aise d'une aiguille creuse mesurant environ 25 cm. Afin de ne pas souffrir lors de son introduction la péridurale est posée suite à une anesthésie locale de la peau au niveau de la zone à piquer. Cette anesthésie locale si elle est bien réalisée n'est pas plus douloureuse qu'une anesthésie dentaire. Puis, en cas de fonctionnement de l'anesthésie locale, la pause est généralement non douloureuse. Néanmoins la péridurale doit être posée sur une femme non active et immobile. Le stress du moment, la peur de l'inconnu, le comportement de l'anesthésiste combiné aux contractions de travail peuvent être douloureux psychologiquement, il est donc important d'être bien entouré lors de la pose. Certaines maternité autorisent le père ou l'accompagnant à être présent lors de la pose mais quoi qu'il arrive une sage femme et une infirmière ou auxiliaire sera présente pour vous guider dans les gestes et la gestion psychologique de l'intervention. Je vous conseille en cas de peur d'avertir l'équipe en amont de la pose afin d'être entourée avec soin et empathie. La péridurale met ensuite entre quinze et trente minutes à agir. La pose d'une sonde urinaire est également réalisée car suite à l'anesthésie la zone de la vessie est également endormie, on ne ressent donc plus l'envie d'uriner et les déplacements sont rendus impossibles.


Mon accouchement sera t'il sans douleur ? Serais-je paralysée ?


La douleur est une notion abstraite qui concerne uniquement celui ou celle qui la vit. Parle t-on de douleur nerveuse, psychologique, de douleur continue, épisodique ? La péridurale offre la possibilité de ne pas ressentir la douleur des contractions mais au bout d'un certain moment seulement, après 3 ou 4cm de dilatation. Vous ressentirez donc forcément les contractions avant ce stade de dilatation. Douloureusement ? Non douloureusement ? Cela appartiendra à votre préparation, à votre projection et à votre accompagnement de ces premières contractions. Certaines péridurales sont ensuite si dosées qu'elles paralysent presque entièrement la jeune femme qui ne ressentira pas jusqu'au passage de son bébé. D'autres n'agissent que d'un côté du corps. D'autres encore sont suffisamment dosée pour supprimer une partie de la douleur et mais permettent de sentir la descente et l'expulsion du bébé et son fameux "cercle de feu" (le moment ou la tête passe dans le vagin). Il y a en fait autant d'expérience de péridurales que de péridurales posées. Si l'expérience d'une paralysie totale est parfois difficile à vivre psychologiquement, le fait de ressentir encore quelques sensations est au contraire difficile à vivre pour certaines femmes. Il est impossible de prévoir un accouchement sans aucune douleur, d'autant que votre accouchement peut être très rapide et ne pas rendre possible l'utilisation de la péridurale.


Est ce que ça ralenti le travail ?


Une récente étude* montrerait que cette idée reçue serait fausse. Néanmoins cette étude ne se base que sur un moment de l'accouchement : l'expulsion. Seulement, un accouchement est composé d'un travail, environ 90% de l'accouchement, et de l'expulsion. Si il semblerait donc que la péridurale n'ait pas d'incidence sur la longueur de l'expulsion, elle joue néanmoins un rôle important dans la longueur du travail*. La femme étant coupée de ses douleurs et donc de son accouchement, elle ne favoriserait plus la diffusion naturelle de ses hormones, l'ocytocine notamment, hormone mère de l'accouchement se diffusant massivement dans des conditions idéales de naissance (calme, sérénité, accompagnement, confiance, lumière tamisée etc.), et aura tendance à ne plus être actrice de la naissance. Les contractions peuvent donc s’atténuer, se ralentir, voir le travail peut s'arrêter. Ainsi l'équipe médicale injectera de l'ocytocine de synthèse (injection réalisée sur deux femme sur trois, soit l'immense majorité des femmes sous péridurale*) acte non anodin puisque favorisant notamment les hémorragies de la délivrance. Bien qu'il soit conseillé par le Conseil national des sages femmes ( CNSF ) de respecter le cycle naturel de la naissance, cette intervention courante est quasiment indissociable d'un accouchement médicalisé et rarement expliqué ou annoncé aux futures mères. Le ralentissement du travail peut avoir d'autres répercutions comme l'utilisation d'outils favorisant l'expulsion comme les forceps ou encore la décision de réaliser une césarienne d'urgence pour les bébés ne supportant pas la durée excessive de l'accouchement.


La péridurale posée, il n'est en général plus possible de se mouvoir et l'accouchement se fait dirigé, sur le dos. Or le mouvement et l'expulsion en position verticale sont les amis absolus de l'accouchement, favorisant la descente du bébé dans le bassin, la protection du périnée et...le bon accompagnement de la douleur. La position allongée étant la moins physiologique pour accoucher, la femme sous péridurale subirait également plus d'épisiotomie, néanmoins ce taux est un rapport de cause à effet, étant l’opération chirurgicale la plus fréquemment pratiquée sur les femmes, elle l'est forcément majoritairement sur les femmes sous péridurales, étant les plus nombreuses. De plus celles ci sont déjà anesthésiée ce qui permet de réaliser l'acte en toute discrétion (la loi française interdit de réaliser un acte médical sans le consentement éclairé et distinct du patient)*.


Peut elle être obligatoire ?


Souvent pressés d'administrer une péridurale aux femmes (plus de la moitié des femmes déclarant ne pas souhaiter de péridurale s'en verrait en administrer une*), celle ci est très rarement obligatoire. Nous verrons plus bas que certaines dimensions psychologique la conseille aux femmes. Pour ce qui est du plan médical, la péridurale est conseillée et souvent nécessaire dans les cas de pré-éclampsie pour calmer la mère afin de lui offrir la possibilité de faire baisser plus rapidement l'hypertension. En cas de voie basse pour des grossesse gémellaires, voie basse pour siège elle sera recommandée (bien que l'on puisse parfaitement accoucher de jumeaux sans péridurale, cela ne rendra pas l'accouchement plus aisé médicalement parlant, encore une fois la péridurale supprime la douleur, elle ne supprime pas les difficultés autres.). Une césarienne donnera également lieu à une anesthésie systématique.


Quels sont les risques pour moi et pour mon bébé ?


Toute anesthésie est porteuse de risque vital, ainsi une décharge vous est remise lors de votre rendez vous avec l'anesthésiste. A priori la péridurale est une anesthésie commune et le pourcentage de péridurale finissant mal est très bas. Si la péridurale fut inventée pour "soulager" les femmes, c'est également un acte médical très cher et le fait de pousser à sa consommation en dissimulant ou amenuisant ses risques effectifs m'a néanmoins toujours interpellée. Cet article en anglais abondamment sourcé d'études nous fait une review complète des risques de la péridurale*. Je vous encourage à le lire et le traduire. En voici un résumé. Les effets secondaires courants. Ils concernent 20 à 40% des péridurales : Démangeaisons, vomissements, douleur dorsales dans les jours suivants la naissance, baisse de la pression artérielle durant l'accouchement, difficulté à uriner dans les jours suivants. Effets secondaires plus rares et dangereux. Ils concernent 1 à 3% des péridurales : Paralysie des muscles respiratoires, douleurs dorsales à long terme, migraines sévères provoquée par la perte du liquide de la moelle épinière (ma voisine de chambre en souffrait lors de mon premier accouchement, un patch de sang épidural lui a été réalisé sous mes yeux, coagulant le liquide au niveau de la base de la moelle, cette femme qui était comme morte a retrouvé toute ses facultés 5 mn après l'intervention, c'était une magie de la médecine contre une attaque de la médecine que je n'oublierai jamais...), infection, convulsion, dégâts sur le système nerveux central, arrêts cardiaques.

Sur votre bébé : La péridurale aurait tendance à endormir le bébé le rendant moins répondant aux débuts de l'allaitement maternel. Dormant une grande partie des deux premiers jours, il devra être sur-stimulé afin de débuter un allaitement de qualité. Tous les autres effets secondaires rares et dangereux sur vous peuvent affecter durablement ou non la santé de votre enfant in utéro. J'ajouterai un dernier effet secondaire : le choc post traumatique d'une péridurale mal posée, douloureuse, ou entraînant des effets secondaires courants, modérés ou graves ainsi que des séquelles psychologiques diverses.

(Je suis actuellement bouleversée à la rédaction de ces effets, plus de 6 ans après ma propre expérience et bien qu'ayant profondément travaillé sur sujet).





Pourquoi souffrir si je peux m'en passer ?


L'accouchement est un acte naturel qui n'a pas grand chose à voir avec la médecine, l'hôpital, le soin. Il en a pourtant été décidé ainsi dans les années 60 et avec l’émergence des nouveaux courants féministes. L'alternative de ne plus souffrir en couche contrairement à l'injonction judéo chrétienne commune était considéré comme une libération de la femme. Néanmoins je considère que répondre à cette injonction par une inverse est lui donner du crédit. Bien sûr la femme ne souffre pas durant son accouchement par punition divine mais bel et bien car la douleur à une véritable fonction. L'idée que les femmes sont douillettes, ne doivent pas souffrir, doivent se couper de l'accouchement, être passive est une manière comme une autre d'avoir une prise sur la direction des opérations. Des femmes allongées, calmes, silencieuses sont particulièrement faciles à gérer pour une équipe hospitalière. A propos des répercutions sur la passivité de la femme sous péridurale je vous recommande l'excellent article de Marie Hélène Lahaye*. Elle revient sur cette accommodation à diriger les femmes et les rendre passives lors de leur accouchement, une vraie claque.

Comme je l'ai dis plus haut, la douleur déjà est toute relative. Elle sera relative à votre histoire, à votre confiance personnelle en vous, à votre accompagnement et à votre préparation. Cette douleur est l'une des douleurs les plus naturelle du corps, ce n'est pas un signal d'alarme comme on peut en ressentir un en se cognant, c'est un accompagnement du corps du vers l'expulsion du bébé. La douleur lors de l'accouchement n'est continue ou quasiment continue qu'à la fin. Avant elle apparaît à chaque contraction puis se retire, exactement comme une vague, laissant ainsi à la femme la possibilité de se reposer et/ou de se préparer à la suivante. Accoucher en pleine conscience permet d'être pleinement actrice d'accouchement, d'accompagner son bébé vers la naissance avec le secours de tout le processus naturel permettant à ce miracle de s'accomplir. 78% des femmes ayant souhaité la péridurale fermement se disent satisfaite de leur accouchement sous péridurale. 97% des femmes se disent satisfaites de leur accouchement sans péridurale. 68% des indécises sous péridurales en ont été satisfaites contre 98% des indécises ne l'ayant pas reçu*. Chiffre dus à l'extraordinaire sentiment de puissance de réaliser une naissance par ses moyens entiers mais également à l'absence d'effets secondaires ensuite et au déroulé des suites de couches. Les naissances sans péridurales et réalisées en respectant la physiologie du corps sont souvent moins traumatiques physiquement. Quelques avantages de l'accouchement physiologique : avec une expulsion verticale par exemple, les risques de déchirures sont moindre, l'accouchement est plus rapide, vous restez libre de vos mouvements, échappez à foule d'interventions médicales que nous avons déjà cité, facilitez l'allaitement, récupérez plus vite, vous donne une grande confiance en vos capacités, vous respectez le cycle naturel de la naissance qui vous offre moments intenses mais également moments de répits, vous apprenez à vous connaître, à reconnaître vos besoins, entretenez une relation plus étroite avec votre bébé et bénéficiez des bienfaits de l'ocytocine mais également des endorphines bien après la naissance.** D'ailleurs, 58% des multipares ont recours à la péridurale contre 82% des primipares. Cette évolution peut notamment s'expliquer par un souhait de renouer avec ses capacités lors d'un second accouchement.

Il existe de multiples alternatives à la péridurale, des plus médicales, comme l'utilisation du protoxyde d'azote, aux plus naturelles comme l'auto-hypnose ou la sophrologie. Mais rien ne remplacera une préparation de qualité et un accompagnement à tout épreuve. Si vous souhaitez accoucher naturellement, je vous conseille vivement de vous tourner vers une personne de confiance et qualifiée pouvant vous expliquer l'ensemble du déroulé d'un accouchement physiologique et de ses composantes afin d'accompagner au mieux la douleur le jour J.


Jamais utile, la péridurale ?


Accoucher est une initiation. Si vous l'avez compris, j'ai la certitude que tous les corps peuvent accoucher, nous n'en sommes malheureusement pas là en termes psychologiques.

La péridurale peut être bénéfique pour les femmes que la douleur panique ou paralyse. Permettant un apaisement et une forme de sérénité, elle pourra au contraire favoriser l'accouchement et l’accélérer par rapport à un stress aiguë bloquant naturellement l'ocytocine. Néanmoins, un accompagnement et une préparation de qualité permettrai d'éviter à priori la plupart des situations paniquantes pour la future mère. En cas de mauvais ou absence d'accompagnement, d'historique traumatique, d'accouchement non souhaité, elle sera une aide précieuse pour "garder le cap". Il est très difficile d'envisager demander à une mère d'un enfant qui naîtra sous x par exemple de l'accompagner aussi efficacement et avec le même investissement que pour un enfant désiré. Lors des avortements ou des interruptions médicales de grossesse, la péridurale permet également de se détacher psychologiquement de l'acte en cours et d'être la plus passive possible ce qui peut constituer un véritable soulagement dans le travail de deuil à effectuer. "Souffrir oui, mais pour une bonne raison", me confiait il y a longtemps une amie ayant accouché de ses enfants sans péridurale mais l'ayant demandé pour une IMG.


A vous de faire votre choix.


Votre choix d'avoir recours à la péridurale devrait se faire après avoir eu toutes les informations sur l'accouchement médicalisé et l'accouchement physiologique. Après avoir entrevu toutes les possibilités d'accompagnement et de préparation. La naissance de votre enfant est un acte fondateur, initiatique, marquant et déterminant. Vous ne l'oublierez jamais et il dira beaucoup de vous, de votre éducation, de votre entourage, de vos choix. Quoi que vous décidiez, n'oubliez jamais que vous possédez en vous bien plus de force que l'on ne vous l'a appris au cours de votre vie, même si vous n'en avez jamais douté. L'accouchement n'est pas une question de courage. Prendre vos propres décisions en libre et conscience, vous interroger sur le pourquoi de vos choix, leur motivation profonde est déjà faire preuve de beaucoup de bienveillance envers vous même et de beaucoup d'implication en tant que futur parent et quelque sera votre choix final, le tout est d'être en parfaite adéquation avec celui ci à la lumière de toutes les informations que vous aurez reçues.


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