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Manifeste féministe en faveur de l'estime de soi des femmes.

Cela faisait un moment que je ne vous avait pas écrit d'articles. J'ai été en congé, puis la reprise a été un véritable tourbillon. Et pourtant j'ai ce thème à l'esprit depuis plusieurs mois que j'avais envie de développer tant je le trouve important et reflétant à mon sens d'une problématique de fond de notre société. Dans le premier podcast témoignage consacré à la cohabitation du maternage proximal et d'un entourage peu réceptif à la cause - sortie imminente -, vous aurez déjà un premier aperçu de la bataille que peuvent mener les femmes avec leur estime personnelle mais c'est en réalité un thème qui touche toutes les strates de la société, tous les individus et qui est à mon sens directement relié avec le manque d'estime que le monde porte aux femmes.



Qu'est ce que l'estime de soi ?

"C'est une femme forte". Affirmation que vous avez certainement déjà entendu au cours de votre vie. Que veut elle dire derrière ces mots qui à première vue complimentent ? Qu'une femme par nature ne serait pas forte, qu'il est donc utile de signifier que cette dernière à quelque chose en plus. J'ai l'habitude de tourner cette affirmation dans l'autre sens. Pour moi toutes les femmes sont fortes car elles possèdent toutes en elles la force de leur pouvoir dans le sens littérale, dans ce "je peux" qui les entraînent au bout de leurs forces les plus profondes pour tenir à bout de bras des monuments souvent prêts à s'effondrer. Même sans estime, même sans confiance, même sans repère, la femme et particulièrement la mère, arrive à se hisser sur des sommets de créativité et de résilience afin de sauvegarder ce qu'elle a de plus précieux.

L'estime de soi est la façon dont un individu se perçoit et se classe sur l'échelle de ses valeurs. Il existe trois composantes à l'estime de soi. La vision de soi qui correspond à son physique, à l'entente générale que l'on a de soi et aux objectifs que l'on va de fait se donner dans la vie. La confiance en soi, qui correspond à la manière dont on va s'appuyer sur soi même pour réaliser des tâches et des objectifs, notre persévérance et notre acceptation de l'échec, et l'amour de soi qui correspond à la qualité et la cohérence des nourritures affectives dont on aura bénéficié dans l'enfance et qui permet la résistance à la critique et la stabilité affective. Difficile d'échapper à ce constat, nous avons tous ou presque des failles de l'estime. Principalement construite dans l'enfance par les apports parentaux à la fois sur un plan affectif, en terme d'attentes et d'ambition pour son enfant et d'enseignement de l'action et de la résilience face à l'échec, l'estime peut avoir différents visages : Une estime de soit haute et stable : l'individu va considérer sa valeur, se faire confiance, pouvoir rebondir face aux échecs, ne se laissera pas déstabiliser durablement par une épreuve, sera dans l'action et l'ambition pour sa vie. Ces personnes ont été aimées, poussées à l'action, entourées face à leurs échecs, ont bénéficié de parents stables, présents, entourant, croyant aux compétences de leurs enfants. Elles n'ont pas été atteintes dans leur intégrité morale et physique et ont été accompagnées face à leurs questions et leurs épreuves. Une estime de soi haute et instable : l'individu possédera une faille narcissique qui entraînera une estime "trop haute" de sa personne avec une certitude de ses compétences et de sa valeur qui entraînera colère, désapprobation et violence en cas de démonstration contraire ou de personnes cherchant à déstabiliser cette estime. Ces enfants ont souvent eu une image d'eux même comme étant les sauveurs d'une famille, portant les espoirs irréalistes de leurs parents. Une estime de soi basse et instable : l'individu va croire à ses compétences dans certains domaines avec l'approbation de son entourage, sera validé par ses réussites mais durablement atteint par ses échecs. Son estime sera en écho avec ce que ses proches pensent de lui. C'est un individu perméable à la critique qui aura besoin d'une validation extérieure pour s'autoriser à l'estime personnelle. Ces enfants ont manqué de stabilité affective, ont eu des parents dissonants, eux même peu réceptifs à leur propre estime d'eux même. Ils auront pu avoir de graves atteintes à leur intégrité mais trouvé d'autres ressources positives autour d'eux créant un sentiment d’ambiguïté envers eux même et envers autrui. Une estime de soi basse et stable : l'individu ne croit pas en ses compétences, ne croit pas en ses réussites et les attribues au fait du hasard ou de la chance et ne voit pas son estime modifiée lors de ses échecs, pour lui cet échec est "normal", ne "pouvait pas être autrement". Ces enfants ont été négligés, parfois maltraités, n'ont pas cru en eux même dès le plus jeune âge avec un environnement les poussant à croire qu'ils n'avaient pas de valeur ou que la valeur d'un individu est une mauvaise chose.


Les femmes, victimes aux origines d'une basse estime d'elles-mêmes ?


J'ai pu me rendre compte au fur et à mesure du temps que je passais avec les femmes, à les regarder, les écouter, à quel point de très nombreuses d'entre-elles appartenaient aux troisièmes et quatrième catégories alors que leur frère par exemple pouvaient faire partis des catégories d'estime haute. Nous pouvons nous interroger sur la place des femmes dans la société, sur les postes à responsabilité, dans la visibilité qu'elles ont individuellement dans des actions publiques et la corrélation avec leur estime d'elles-mêmes fragiles. Considérant universellement que les femmes sont plus faibles que les hommes, des générations de millions de petites filles ont du créer une bulle de malaise les plongeant dans l'invisibilité, intériorisant sentiments, déceptions, espoirs ou ambitions. Les filles aux QI élevés sont moins souvent diagnostiquées, les filles partent déjà perdantes dans les matières scientifiques, persuadées de leur manque de valeur sur ces sujets en particulier (je vous invite à regarder cette expérience... ), et se disent souvent désavantagées en sport et activités physiques.


Pourquoi ces disparités ? A force de voir leurs mères endosser les charges mentales, les réduisant déjà à un rôle de servante de la société ? A force d'entendre autour d'elles qu'une fille est par nature sensible, créative, et soumise à ses émotions ? A force de constater que l'on réduit les femmes à leurs hormones et à leur versatilité supposée ? A force de ne voir que des garçons sur les boites de jeux scientifiques, à la tête des entreprises, aux postes intellectuels en tout genre ? A force d'entendre qu'avoir une fille est un second choix ? A force de voir des hommes de l'âge de leur père ou à peine pubères les réduire à leur corps, touchant ostensiblement leurs débuts de seins, leurs fesses, relevant leurs jupes et tirant leurs cheveux comme le jeu du chasseur et de sa proie ?

Le constat de la basse estime de la femme continue ensuite rapidement, accentué par la place des femmes dans les études, en société mais également au sein des foyers. Endosser des rôles capitaux, faire trois journées en une, entre le travail, la charge mentale (et encore trop souvent physique) du quotidien et l'éducation majoritaire des enfants (les chiffres des tâches menées par les femmes par rapport aux hommes sur le site de l'INSEE) ne fait que créer une injustice, une fatigue et un rôle prédéfini qui contribue à faire baisser l'estime personnelle.

Si la jeune femme, déjà fragilisée par l'image de son sexe, éventuellement par l'éducation reçue, se voit en plus subir les assauts, coups, pressions psychologiques d'un conjoint violent ou d'un environnement familial ou professionnel hostile, la descente de l'estime n'est comme vous l'imaginez que plus fulgurante. S'installera profondément dans le cœur et l'esprit des femmes ces affirmations si courantes que je ne les compte plus "je ne mérite pas de réussir" "personne ne m'écoute", "j'ai l'impression de n'être bonne qu'à ça", "je ne sers à rien", "je ne suis que mère (épouse, employée...)".





La maternité, ancrage décisif de son estime personnelle


Porter un enfant est loin d'être une évidence pour toutes les femmes. Souvent les témoignages de femmes ne souhaitant pas d'enfants vont dans le sens de leur estime de soi, le conserver intact, la peur de le perdre, la certitude d'en avoir trop peu pour élever un enfant... Pour celles qui font le choix de devenir mère, l'estime de soi sera au cœur du processus, dès les premières minutes ou elles apprendront la grossesse pour certaines puis tout au long de leur vie de mère. Être enceinte, se faire déposséder de son corps peut être un exercice risqué pour l'estime de soi. Les changements et bouleversement de la grossesse, grossir, concentrer l'attention sur soi, être majoritairement décisionnaire dans les choix qui concernent l'arrivée du bébé, ajouter une charge mentale conséquente à sa liste déjà bien chargée, avoir la responsabilité de sa propre santé, tout cela fait peser une énorme charge sur les mères qui sont les premières à entendre raisonner la culpabilité dès que quelque chose n'est pas prêt, que la santé du bébé n'est pas optimale, que celui ci ne se retourne pas, qu'un déclenchement est programmé ou que des vergetures apparaissent pour marbrer sa peau. "Tu n'as pas mis de crème ?" "Tu es restée trop assise ?" "Tu étais trop dans ta grossesse donc tu n'as pas pris soin de son conjoint", "tu n'as pas acheté de couches lavables ?" "tu n'as pas écrit de projet de naissance" ? Tout ou presque est motif à rappeler à la femme qu'elle est une éternelle mineure, que la nature l'a dotée du pouvoir le plus puissant de tous, donner la vie, et que pourtant, elle ne serait pas en mesure de s'occuper d'elle-même, de savoir ce qui est bon pour elle et pour son bébé. Volontairement je passerai sur l'accouchement, symbole parmi les symboles de la violation de l'estime de soi des mères. Nous retrouvons la jeune mère dans sa chambre de maternité. Comme nous l'apprends l'ouvrage "Tremblement de mères" de l'association Maman Blues, c'est souvent là que démarre la dépression post-partum, cette descente aux enfers des mères qui ne se sentent jamais assez bonnes, jamais assez fortes, jamais assez mères. Je suis toujours profondément affectée de voir à quel point le personnel médical et les personnes en relation avec la mère font peur d'efforts et sont peu formés aux constats psychologiques que je vous livre aujourd'hui, à savoir préserver l'estime, souvent fragile, des jeunes mères. Le nombre de femmes ayant eu l'impression d'être incompétentes dans leur rôle à la sortie de la maternité est proprement hallucinant. En cause, toujours ces obligations, ces protocoles, ces remarques, piques, regards, reproches.

La naissance d'une mère est souvent intimement lié avec le surgissement dans sa vie d'une amie précieuse qu'elle n'entends pas souvent frontalement mais qui pourtant porte avec elle le talisman de son estime de soi : sa petite fille intérieure. Naître mère, trouver ses propres solutions, faire barrière à ce que l'on ne veut pas, puiser dans ses ressources, faire corps, demandera à cette petite fille intérieure de trouver un chemin souvent trouble, celui de sa valeur. Rares sont les occasions pour un individu de mettre à ce point en avant ses acquis, ses certitudes et son instinct profond que celui de la parentalité. De retour à la maison, le balai des commentaires continue et tout au long de sa vie de mère, la femme devra imposer avec plus ou moins de conviction et de force ce qu'elle pense être juste pour son enfant. Son profil d'estime de base peut l'y aider ou au contraire la tirer vers le bas dans cette entreprise et c'est pour cela qu'il est primordial pour la jeune femme d'avoir autour d'elle des ressources qui valoriseront son estime personnelle au point qu'elle puisse s'épanouir en étant exactement la femme forte et puissante qu'elle possède au fond de ses gènes.


Les conséquences d'une estime trop fragile qui s'effritent dans un rôle aussi capital que celui d'une mère peuvent être dramatiques et amener à des dépressions sévères, un rejet de l'enfant, une séparation, voir des internements ou tentatives de suicides. On appelle cela "la dépression post-partum". Il est capital qu'une jeune mère ne se sentent jamais moins que rien, qu'elle soit valorisée, portée, entourée, aimée pour ce qu'elle est et la force qu'elle mets dans le rôle le plus important de sa vie, celui d'aimer et de protéger son bébé. Bien sûr ce que j'écris est vrai aussi pour les hommes. De très nombreux hommes souffrent d'une estime d'eux même instable, voir très instable. C'est notamment ce qui les pousse à la violence, la consommation d'alcool ou l'irritabilité. Néanmoins il est important pour moi d'appuyer sur le cas des femmes du fait de la récurrence systémique des violences faites à l'estime des femmes dans les premières semaines de leur vie de mère mais également dans la société en général vis à vis du fait d'encore considéré dans tous les milieux que la femme est un "sous-homme".


Se rendre disponible pour la jeune mère sans jamais la déposséder de son rôle ou de son enfant, voici ce qui serait la clé du renfort de l'estime d'elle au moment du postnatal. Beaucoup de femmes parlent avec affection de ces cercles de femmes ou la sororité, le partage et la transmission des autres femmes a pu mettre un coup de boost à leur estime et apprendre de leurs schémas dysfonctionnels, ces manières d'être que l'on va reproduire tout au long de sa vie selon la manière dont nos parents auront pris soin de notre base affective. Car une femme seule peut déplacer des montagnes malgré une estime fragile, imaginez ce que des dizaines de femmes croyant en leur potentiel peuvent faire ensemble... A lire aussi : Les phrases qui ont impacté ma maternité





Responsables de l'estime personnelle de nos enfants, l'estime des hommes bafouée par le patriarcat


Comme nous l'avons vu plus haut, l'estime de soi des individus se construit essentiellement dans l'enfance. Les parents sont les responsables de la construction de l'estime des enfants et bien que cette tâche puisse sembler colossale, culpabilisante ou impossible du fait de devoir gérer sa propre estime, elle est néanmoins une réalité absolue. Bien sûr l'enfant sera confronté toute sa vie à des individus et des situations qui feront varier son estime, mais la manière dont les émotions liées à ces gens et ces situations seront accueillie au sein du cercle familial sera déterminant sur la façon de se voir de l'enfant. L'image que le parent se porte et qu'ils se portent entre eux est également une base extrêmement importante de l'estime de l'enfant. Un enfant entouré et aimé par deux parents se traitant mutuellement avec mépris ne pourra imaginer une stabilité complète. Depuis quelques décennies, l'idée que le bébé est une personne commence à entrer dans les mœurs et dans les priorités parentales. Considérer l'intégrité d'un enfant, d'un tout petit, d'un bébé en lui demandant son consentement avant d'agir sur lui, respecter et aller dans le sens de ses besoins de proximité, d'amour, de stabilité, de sécurité entre dans la création d'une estime de soi solide et durable. Je vous renvoie pour cela à mon article sur les besoins fondamentaux du nouveau né. Enfin, il me semble encore important d'insister sur l'importance d'élever nos enfants avec les mêmes chances, en donnant toujours aux petites filles la possibilité d'exister en étant entière. Sans souffrir d'un fardeau qui n'existe que dans la tête d'une société patriarcale encore bien ancrée sur ses acquis. Cela passe autant par le rôle de son père auprès de sa mère que par la possibilité pour la petite fille d'explorer toutes les facettes de ses envies et de sa personnalité. Apprendre et offrir cette même liberté aux garçons est également doublement récompensé : l'enfant pourra s'épanouir en fonction de ses goûts et de ses choix, ce qui fait parti intégrant de son estime future, mais également il ne dénigrera pas les femmes par procuration en se voyant obligé de faire des choix virilisant car les choix "pour fille" (on entends par la, la danse, l'expression artistique etc qui ne sont absolument pas des composantes féminines mais trop souvent cataloguées comme telles) seraient des choix dénigrants et de secondes mains. La plupart des hommes manquant d'estime personnelles retrouvent une faille sur les attentes que leurs pères auront pu porter sur eux ou sur le maternage prodigué par leurs mères, souvent induit par pression du père ou de transmissions familiales anciennes. Le patriarcat ne se contente pas de rabaisser et de détruire les femmes. Il agit surement sur l'éducation de nos fils, sur l'estime de nos hommes qui se veulent toujours plus performants, responsables financiers du foyer, écrasant pour réussir et étant vite dévalorisés comme étant des sous-hommes aux premiers échecs. Dans l'imaginaire collectif, rien de pire que d'être associé à une femme pour un homme. Les attribues dit masculins comme la force, la combativité, la confiance en soi, la puissance, l'intelligence, la réflexion, la rationalité, se doivent être exacerbés et montrés alors que ceux dit féminines comme la sensibilité, l’émotionnel, le spirituel, la paternité, l'amour, l'instinct, doivent être tût. Néanmoins, beaucoup de familles et d'entreprises commencent à faire la part des choses et à comprendre qu'une nouvelle génération d'hommes est entrain d'émerger, laissant place à des êtres complets et entiers qui ne veulent plus du rôle phallocrate instauré par leurs pairs (pères) et repensent enfin une nouvelle masculinité basé sur une égalité non seulement des rôles mais également des sensibilités afin je l'espère d'encourage l'estime personnelle de toute une nouvelle tranche de la population. Le sujet de l'estime de soi des femmes est si vaste que l'on pourrait lui consacrer un ouvrage entier. J'ai travaillé cette problématique en atelier d'une journée récemment et je compte bien réitérer l'expérience et placer l'empowerment au coeur de mon accompagnement, de ma vision artistique et de mes priorités professionnelles mais aussi bénévoles. Dans les prochains podcasts de témoignages, cette question sera souvent soulevée sur divers plans ce qui nous permettra de creuser le sujet à travers le prisme du témoignage. Pour aller plus loin, je vous recommande la lecture des deux livres de Christophe André traitant de ce sujet : "L'estime de soi" et "Imparfait, libre et heureux" (disponibles tous deux dans ma bibliothèque de prêt pour les femmes des tentes rouges et mes clients d'accompagnement). Notons aussi l'ouvrage "Stop à l'hypersexualisation" de Tanith Carey autour de l'éducation des filles, et pourquoi pas "Tu seras un homme féministe mon fils" de Aurélia Blanc. Enfin, l'excellent ouvrage "Sorcière, la puissance invaincue des femmes" par Mona Chollet revient sur cette question de la place de la femme, de la petite fille et de la femme âgée dans la société et sur l'inévitable impact que cela peut avoir sur l'estime de soi de générations toutes entières. Cet article vous a plu ? Partagez le !

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