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Les relevailles, concept dépassé ?

Mis à jour : 31 janv 2019



Les "relevailles" est un terme ancien, employé jusqu'au siècle dernier et traduisant à la fois d'une cérémonie de bénédiction chrétienne de la jeune accouchée 40 jours après la naissance, à l'instar de la vierge Marie 40 jours après Noël, et à la fois du temps préconisé anciennement aux femmes pour se remettre d'un accouchement.

Traditionnellement, ce temps était employé pour se remettre de ses couches, faire peu à peu connaissance avec le nouveau né et surtout à préserver la santé de la mère et de l'enfant ; la mortalité "en couche" faisant des ravages jusqu'au milieu du siècle dernier et étant encore une problématique majeur dans de nombreux pays. La tendance aujourd'hui est plutôt à la vitesse, à la propulsion dans le monde de l'enfance et de la parentalité d'une mère à peine debout, parfois déstabilisée et d'un père souvent vacillant sur sa place et les nouvelles responsabilités qui l'incombe. Si en maternité la présence des parents est communément de 4 jours en France pour une voie basse et de 6 jours pour une césarienne, ce qui se passe ensuite à la maison, les doutes, les joies, l'initiation physique et psychologique que vient de vivre la jeune accouché et qui continue tout au long des semaines suivante, est caché derrière les murs et il n'est pas rare de voir des femmes tout juste sortie de la maternité, leur nouveau né dans un cosy qui s'attaquent aux courses de la semaine, délaissées en son absence. On peut ainsi s'interroger sur cet ancien concept de relevailles et sa soit disant désuétude. Ainsi dans son concept ancien, les femmes se relayaient au chevet de l'accouchée durant cette période clé des 40 jours, période qui coïncide d'ailleurs avec la bonne mise en place d'un allaitement. Si l'accouchement est un véritable tour de force pour le corps, un repos de plusieurs jours, allongée, ne devrait pas être de trop pour la jeune mère. Le périnée ce muscle essentiel au support des organes à besoin de temps pour se remettre alors que l'utérus lui entame jour après jour sa décroissance et son retour à sa place originelle. Mais alors quelles peuvent être les conséquences pour ces organes de la marche, des charges lourdes, du stress occasionné par le retour à la vie "normale". A quel moment peut on reprendre cette vie laissée entre parenthèse le temps d'un accouchement, alors que le plus sacré se produit, le lien entre la mère et l'enfant ? Car cette période était également un formidable moyen de commencer à créer le lien d'attachement au sein de la dyade mère/enfant. Découvrir son nouveau né, s'en imprégner et ne pas renoncer aux instincts les plus primaires qui animent chaque femme aux prémices de cette relation si spéciale. Peau à peau, contact, allaitement, apprivoiser l'enfant, ne penser qu'à materner et à se reposer semblerait idéalement le meilleur moyen de commencer une vie de jeune mère. Les besoins des femmes d'aujourd'hui n'ont pas changé sur le plan émotionnel et si la médecine peut garantir une récupération impeccable après presque toutes les types de naissances, l'espace de parole, d'écoute et de connexion avec le bébé restent des moments fondamentaux et trop souvent négligés. Combien de femmes trouvent du réconfort dans le récit de leur accouchement bien des années après ? Combien de femmes se plaignent d'avoir du reprendre le travail trop vite, de souffrir physiquement des semaines après leur accouchement, de n'avoir pas pu établir le lien avec leur enfant, de ne pas le comprendre ou d'avoir "raté" leur allaitement ? L'accompagnement de ces familles et de ces mères semble alors absolument nécessaire afin de protéger et préserver ces premiers moments de vie. Si encore au milieu du XXe siècle, les femmes se relayaient du chevet des jeunes accouchées, si les mères, les sœurs, les grands mères, les cousines apportaient repas, réconfort, soutien, prise en charge domestique, conseil et écoute, aujourd'hui rares sont les parents ayant eu l'impression d'être entourés et de pouvoir se permettre avec leurs aînés, leurs corvées, la reprise de la vie quotidienne un répit dédié à la récupération physique et à la création du lien avec le bébé. Peut être alors que l'un des cadeaux les plus précieux que l'on peut offrir à une famille après une naissance, au delà de charmants bodys, de doudou que l'enfant ne regardera pas avant plusieurs mois, de nacelles ultra perfectionné, pourrait être du temps. Du temps pour eux, du temps pour leur maison, du temps pour l'écoute, du temps pour permettre à ce qui est sacré, de demeurer sacré.


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