La sorcière et la science


La figure de la sorcière s'impose à nouveau dans l'ère du XXIe siècle. Ode aux ancêtres brûlées sur des bûchers durant une grande partie de la Renaissance jusqu'au grand Siècle, la sorcière moderne s'incarne par un féminisme retentissant et une grande aspiration à la liberté personnelle. Dans les faits, il n'existe pas qu'une définition de la sorcière et chacune peut prétendre à la sienne. Mona Chollet dans son ouvrage "Sorcières, la puissance invaincue des femmes" explique bien ce parallèle entre la sorcière moderne, femme faisant le choix d'une vie à soi, d'une vie sans enfant, de l'existence pleine et entière des femmes d'âge mûr, et la grand mère d'Europe jugée et brûlée pour ces mêmes raisons, pour participer à la vie comme à la mort par l'enfantement de ses sœurs ou leur avortement, ou parfois simplement pour entonner quelques chants rituels en préparant une tisane apaisante. La sorcière serait tout ce que les hommes craignent, la femme qui pense, la femme qui incarne, la femme libre, la femme sexuée, parfois solitaire, la femme qui sait, la femme qui connait et qui fait profiter de son savoir les autres femmes. La sorcière est une figure à la fois sacrée et banale, celle de la femme sans injonction. Mais que vient alors faire la science dans cette histoire ?



La sorcière est également indissociable d'une forme de rituel et de spiritualité. Il s'en est fallu de peu pour que le rituel et la spiritualité ne soit associé à un marketing moderne propulsé par les industriels. N'a-t-on d'ailleurs pas dans l'univers de la beauté, détourné le sujet de milles manières, parlant de "rituel de beauté", de "glamour" (voulant textuellement dire "charme" dans le sens "rituel"), de femme ensorceleuse ? Au delà de l'univers de la beauté, c'est à une autre forme de commerce que l'on assiste aujourd'hui sur la planète internet et emprunte de l'univers de la sorcière moderne. Livres sur le retour du "féminin sacré", comptes etsy débordants de pierres, de potions healty, de bijoux de soins, ou sur un registre plus inquiétant, vente de formations, de stages et autres ateliers sur le rituel de retour aux sources, de domptage d'énergies telluriques, d'appel au magnétisme de la terre, ou de condensé de l'utilisation du mot "quantique" pour tenter de fournir une explication au grand public ce qui ne peut être expliqué. Par essence, la femme est une sorcière, de par son époque, elle pourrait être tout de la sorcière moderne sans user d'un marketing précis. Se retrouver soi, prendre conscience de son cycle ou de sa ménopause, converser avec la nature, incarner toute l'ampleur de sa féminité et faire ployer une spiritualité sacrée n'ayant guère de rapport avec la croyance à vendre. C'est ici que la science entre en jeu. Depuis toujours je me considère comme amie de la science. Je ne dirais pas amoureuse, car de nombreuses notions m'échappent encore et nous commençons à nous apprivoiser. Mais depuis quelques temps, j'ai mis le doigt sur le malaise qui commençait à m'habiter en rapport avec le féminin sacré, la sorcière d'attrape rêve et de lithothérapie. En pensant à mes sorcières préférées, de Marie Curie en passant par Ada Lovelace je me suis fondamentalement demandé si une des composantes indispensables à la sorcière totalement incarnée n'était pas également son esprit critique. Mêlé à la spiritualité, celui ci offre des merveilles de présence. Il s'agit là non pas de la magie du mythe mais de la magie de la réalité. La révolution du cycle lunaire ou solaire nous offre une forme de spiritualité toute trouvée dans les éléments naturels. La chimie est magie. Et tout est chimie. La biologie est magie, et tout est biologie. Merveilleusement expliqué dans l'ouvrage "La magie de la réalité" du scientifique Richard Dawkins (incroyablement illustré par Dave McKean), j'ai trouvé là une porte ouverte à l'incarnation de ma spiritualité la plus profonde, celle du respect infini que je porte au vivant tel qu'il est. En effet je ne crois ni au magnétisme, ni aux énergies telles qu'elles sont décrites dans certaines professions ou enseignements, je ne crois pas que mon cycle ait quoi que ce soit à voir avec la lune, je ne crois pas en le commerce de la spiritualité, je ne crois pas aux pouvoir des pierres ni des oracles. Ce qui pourrait faire moi une sorcière bien diminuée, bien piètre. Et pourtant, j'aime profondément la lune, à tel point que je lui ai dédié un projet artistique complet. Cet astre solitaire, mort et à la fois brillant de milles feux grâce au soleil est une métaphore merveilleuses de certains aspect de la vie. J'aime les pierres car elles sont faites d'éléments, de matière, de protons, de quarks et je sais qu'elles n'ont aucun pouvoir sur moi, comme je n'ai aucun pouvoir sur elles. Elles font parti d'un tout, et je l'accepte, et c'est ce qui est le plus beau, c'est que ce tout me fait la grâce d'exister. C'est ainsi que je conçois mes tentes rouges. Lorsque j'en parle, le grand public y voit souvent une invitation au rituel sacré, avec répulsion ou beaucoup d'attirance, et j'ai pu en décevoir des femmes poussant les voilages de la tente car il n'y a ni incantation ni rituel autre que le rituel au féminin, celui de la magie de l'être ensemble dans le moment présent. Je reparlerai des tentes rouges dans un prochain article mais elles incarnent à elles seules tout ce que je souhaite exprimer sur la sorcière qui s'ancre. Bien sûr, je n'aurai jamais la prétention ni le pouvoir de me prétendre dans le vrai quant à mon approche, ni meilleure dans ma pratique de la vie, du féminisme ou du rituel féminin. Beaucoup de femmes (et d'hommes) ne croient plus en la médecine, sont pénétrés d'un scepticisme très profond envers ce que la science offre et peut encore offrir. Les causes sont nombreuses et je ne les débattrait pas ici. Mais il est important pour certains de croire, de s'offrir des théories très coûteuses pour l'esprit quand elles s'expliquent beaucoup plus simplement par la science tout en restant à mon avis tout aussi belle. Notre monde est loin d'être une poésie quotidienne et je pense comprendre qu'il soit plus tentant de croire que notre destin est dirigé par autre chose que par nous même. Cette perspective est rassurante et essentielle pour beaucoup de gens. A partir du moment, j'en suis convaincue, ou cela n'entrave pas leur intégrité qu'elle soit physique, psychologique ou matérielle. Ainsi par cet article je vous partage simplement le résultat de ma profonde réflexion à propos de la sorcière moderne et de la science, peut-elle exister en tant que telle, est-elle une sorcière, est-elle une scientifique, est-elle non seulement crédible ? Je pense profondément que oui, et je remercie les auteurs sus cités pour avoir apporté une très forte matière à ma réflexion en ce sens. Il m'arrive aujourd'hui de méditer en pensant à la matière qui me compose, de pleurer en remerciant le soleil qui se couche, simplement car il est et qu'il me permet de fait de vivre, de penser, de créer. Je pense avoir fait l'expérience, mains dans les mains avec des dizaines de femmes d'instants aussi sacrés qu'ils peuvent l'être sur notre terre, dans la puissance de l'instant, du fait, dans la présence. Ainsi je conçois mon travail, et je peux me définir, je suis bien une sorcière. Une sorcière faite d'eau, de soleil, de matière, une sorcière faite de science.

Creuser le sujet : "La magie de la réalité" - Richard Dawkins "Sorcière, la puissance invaincue des femmes" - Mona Chollet

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