* La femme est elle un mammifère comme un autre ? *


Lorsque j'entends mes clients qui attendent leur premier bébé se projeter dans notre accompagnement, une direction presque universelle se dégage : bien faire. Bien accoucher, bien allaiter, bien materner.

Je vois mes clients dresser des listes, planifier, lire, se projeter avec beaucoup de souhaits, l'accouchement comme point de mire, comme l'épreuve de passage. Le reste suivra, elles auront "juste besoin d'un peu d'aide pour l'allaitement", c'est ce que l'on me dit très souvent. Avec toujours le même apaisement je plonge avec elles et je ne voudrais surtout jamais me gorger de la "certitude universelle", d'un savoir qui n'aurait comme base que trop peu d'années d'expériences. Mais au fond de moi je me tiens prête. L'avant est un parcours. L'après est une vie à construire.


Lorsque le bébé est né, que mes clientes posent leurs pieds chancelants au bout d'un corps qui a traversé la plus intense des vagues, après ce premier choc, vient le temps des questions. Pourquoi mon bébé pleure-t-il ? Pourquoi a-t-il tant besoin d'être porté ? Pourquoi tête t-il tant ? Pourquoi ne dort-il pas à plat ? Pourquoi n'aime-t-il pas le soleil qui se couche ? Crois tu que je fais bien ?


Jamais je ne répondrai "ton bébé est un mammifère, tu es un mammifère". C'est pourtant la plus pure des vérités. Ton bébé aime ton contact, ton portage, ton sein, ton odeur, ta lumière, ton bruit, parce que c'est un bébé animal qui n'existe que pour être dans tes bras, qui n'a que faire des jeux, des lits, des autres. Mais est-ce entendable dans notre société ? Est ce des banalités à poser là ou notre mammifère personnel s'échappe toujours plus profondément de nous ? Les femmes que j'accompagne en postnatal immédiat me touchent, plus que jamais j'ai envie de les prendre dans mes bras, ce qui m'est interdit. De leur murmurer que personne ne sait aussi bien qu'elles. "Laisse le téter, laisse le dormir au creux de toi. Laisse toi faire. Saute, comme tu as sauté dans la maternité." Si je le pense, je ne m'autorise jamais à le dire frontalement car l'être humain social s'est complexifié, est construit du souci de bien faire, d'être à la hauteur, de réussir chaque étape et à le droit de ne pas souhaiter être ce mammifère.


L'être humain social porte ses angoisses, ses blessures, ses nuits comme ses jours. La femme qui enfante à avant tout besoin d'un profond amour, de validations, de temps, d'ajustement. La femme mère fait ce qu'elle peut avec les outils dont elle dispose, à le droit d'être agacée, lointaine, inconfortable, écœurée même par toute cette animalité. Et c'est à moi de l'accueillir à la fois dans sa dimension primale, comme dans sa dimension sociale. De comprendre qu'une femme est faite d'instinct autant que de constructions et que sa maternité lui apprendra sur elle des secrets nouveaux peut importe leur direction. J'ai appris à être humble devant l'être social qui freine l'animal car la femme méritera toujours plus qu'une injonction à lâcher tout ce que la société lui a appris.


Photo : Un immense merci à ma collègue Ambre de l'Alpe et à mon amie et collègue Julie World Tree - Photographies



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