La douleur, mon ennemie ?

La douleur et l'accouchement sont deux choses qui paraissent indissociables. Du "pourquoi ma mère ne m'a pas prévenue" au "je n'ai rien senti j'étais sous péri", la question de la "gestion de la douleur" semble s'imposer à toute femme sur le point de devenir mère et revient avec force dans les esprits de toutes celles qui ont déjà passé le cap.

Elle ne peut être confondue avec la souffrance, détresse psychique devant...la douleur mais également l'inconnu, la peur, l'impression de n'avoir aucune prise sur les événements.

La douleur elle, est purement mécanique, elle permet au corps de se rendre compte que quelque chose est anomal et c'est un signe généralement à ne pas prendre à la légère. Mais dans le cas d'un accouchement, le cerveau la sait essentielle : accoucher fait mal. En tout cas c'est ce que l'on nous a dit. Alors de cette affirmation coule de nombreuses questions. Comment lutter ? Gérer ? Avoir le moins mal possible ? Ne surtout pas se laisser envahir ? Serais-je assez forte ? Moi qui suis douillette ?

Petite décryptage de la douleur pendant l'accouchement...



La péridurale s'est imposée comme le moyen numéro 1 pour soulager les femmes durant leur accouchement. Les soulager...ou simplement les empêcher de ressentir une quelconque douleur. Posée de plus en plus tôt, généralement la question ne se pose plus dans l'esprit des mères, qui ont toutes une histoire passée avec la douleur. Une intervention hospitalière qui a mal tournée, une maltraitance dans l'enfance, un simple souvenir de vaccin un peu invasif, souvent, la douleur est associée à un bourreau, et peut être faudrait il commencer par là, par replacer l'humain au cœur de l'intervention. Souvenez vous de votre bras cassé, de vos calculs rénaux ou de votre migraine. Vous sauriez dire que "ça fait tellement mal", mais à quel degré, décrivez la douleur précisément, le souvenir est généralement moins vif que celui de la souffrance, de la panique, dans laquelle vous avez été plongée lors d'une situation douloureuse qui échappait à votre contrôle, cette situation ou la douleur a été de connivence avec la peur, l'inconnu, des interventions non expliquées et arrivées par surprise dans votre vie.


On peut ajouter à cela, le traitement de la douleur d'une femme. Souvent infantilisée, mise dans le sac du patriarcat, punie parfois par le corps médical pour ses choix, la femme qui raconte la douleur l'associe souvent avec sa soit disant incapacité pointée par le corps médical, à des interventions abusives, violentes, et globalement à une disposition de son corps qui n'est pas la sienne.

Quoi de plus normal alors que de penser à cette péridurale qui fera oublier que l'on est dans un environnement inhospitalier (sans mauvais jeux de mots), ou les interventions se succèdent sans que l'on ait de prise sur elles, sans parfois même qu'on nous les explique, cherchant à réduire notre douleur à tout prix, pour peut être, éviter de passer du temps avec cette femme capricieuse, hystérique disent certains, qui comme une enfant, qui ne sait se gérer ?


Car la question que l'on peut se poser est : pourquoi lutter contre la douleur ?

Que nous apprends t-elle ? Si elle est dans notre cerveau interprétée comme un signal que quelque chose ne va pas, elle nous amène à la panique, à quelque chose qu'il faut éradiquer. Le personnel soignant, nous donnant l'indication que nous ne saurons pas de toute façon faire avec, elle fait peur, elle attaque et agresse au lieu de jouer son rôle, celui d'accompagnement de l'accouchement.

Pourtant les femmes la connaissent bien, la douleur, elles connaissent même souvent mieux encore, la souffrance. Des règles au premier rapport, en passant par les afflictions gynécologiques, la pression exercée sur leur sexe, la charge qu'elles portent avec elles au quotidien, et peut être même, leurs rencontres, leurs vies, qui les place souvent comme première ligne de front de la souffrance. Alors quand vient l'accouchement, avec son lot d'infantilisations chroniques, pas question de souffrir, de paniquer, d'avoir mal. On veut pour une fois avoir le contrôle, pour une fois cette femme va vouloir être actrice et ne pas souffrir.

Mais finalement, lorsque l'on leur pose la question, la plupart des femmes vont se souvenir de toutes les interventions extérieures qu'elles auront subies, des points de sutures non anesthésiés aux touchers vaginaux répétés, bien plus qu'à la douleur originelle, celle qui est présente, ou non d'ailleurs, aux origines du monde lors de l'accouchement, la douleur des contractions. Car si l'on dit qu'il n'existe pas plus grande douleur que celle de l'enfantement, certaines femmes en sont absentes, et décrivent un accouchement agréable, voir même orgasmique et ce, sans la moindre anesthésie.


Au lieu d'apprendre aux femmes a "gérer" la douleur, il serait plus censé de les "accompagner" dans la douleur. Gérer est un terme du néocortex, gérer est "réfléchir", "mettre en place", "faire créatif pour aller contre ou minimiser", bref l'antithèse de ce que le cerveau reptilien attends, d'être en phase avec son propre corps. Quel est l'impact de cette douleur ? Pourquoi faudrait il la minimiser ? Pourquoi une femme ne pourrait pas crier, s'exprimer, bouger, accompagner sa douleur comme le mammifère qu'elle est, sans qu'on lui dise "hola, vous allez réveiller tout le service, je vais vous chercher l'anesthésiste".

"L'accouchement est trop douloureux, vous ne saurez pas faire", voilà ce qui raisonne dans la tête de la plupart des femmes, particulièrement de celles qui n'ont jamais accouché mais également pour celles qui ont eu une première expérience fulgurante de la douleur associée à la panique, de la souffrance devrait on dire.


A l'heure ou les doulas proposent d'être présentes pour entourer, encourager, montrer à cette femme que sa pleine puissance passe par l'acceptation de cette douleur qui la mènera au plus proche de son enfant et de sa nature, le personnel soignant à cette tendance générale à la faire taire, à lui faire oublier qu'elle accouche. Pour la soulager ? Pour lui faire vivre le plus beau des accouchements ? Quelles en sont les raisons ? Et les conséquences ? Evidemment, il ne s'agit pas de vouloir avoir mal à tout prix. Mais la péridurale à la nette capacité à couper la femme de son objectif, à la distraire, à ne plus la plonger au coeur de son accouchement et de fait, à ralentir le travail ce qui peut occasionner une foule de gestes invasifs dont elle a bien plus de chance de se souvenir et vivre comme un traumatisme que la douleur normale, primaire, utile, des contractions.

Accompagner la douleur, c'est avant tout, accompagner la femme. Lui donner les clés pour comprendre ce qui se passe autour d'elle, en faire l'actrice principale, et lui donner la force qu'elle porte en elle pour donner la vie.

Si elle ne souhaite pas avoir mal, c'est son droit le plus strict. Mais je suis convaincue qu'un accompagnement de qualité peut l'emmener toujours plus loin au travers de cette douleur qui peut devenir son alliée et qui sait, ne même pas se manifester avec autant de force qu'elle l'aurait imaginé, ainsi qu'elle n'aurait plus "mal", elle ne serait plus victime de son accouchement. Bouger, se suspendre, se baigner, se balancer, crier, râler, chanter, produire des sons gutturaux et profonds, se laisser envahir, respirer, toujours plus respirer...et se sentir capable. Il n'existait rien de plus normal depuis que l'Homme est Homme que d'accoucher et de passer par tous ces stades. Depuis les années 70, la course contre la douleur s'est imposée dans les maternités, avec son lot d'épisiotomies, d'instruments, d'hormones de synthèses, de poches percées, de césariennes, et la péridurale n'y serait pas pour rien.


Avec une nouvelle réflexion sur la douleur et la manière de l'accompagner, peut être pourrions nous non seulement la réduire mais surtout redonner aux femmes leur sentiment légitime de compétence, de puissance, la valorisation de leur savoir ancestral, en un mot, nous leur redonnerions le droit d'accoucher.



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