Fausse couche, le jour ou la vie en décide autrement

Aujourd'hui j'ai voulu revenir sur la fausse couche précoce suite à un échange avec une de mes amies récemment touchée qui me confiait le manque de bienveillance autour d'elle dans cet événement douloureux. Ayant moi même été victime d'une fausse couche précoce il y a 7 ans après près de deux ans d'attente pour tomber enceinte, son témoignage m'a ramené à une période extrêmement difficile de ma vie qui, comme pour de très nombreuses femmes, a été minimisée voir passée sous silence. Et pourtant, la fausse couche précoce concerne de très nombreuses femmes. En effet les statistiques nous annonce que 15% à 20% des débuts de grossesse se terminent en fausse couche. Si beaucoup d'entre elles n'ont pas encore le temps d'exister dans l'esprit de la future mère car la perte de l'embryon intervient quelques jours après la nidification et se transforme donc en "règles" aux yeux de la femme, les moyens dont nous disposons pour nous découvrir enceinte sont à présent rapides et précoces et permettent de se projeter dans une grossesse dès les premiers jours de son existence et donc de vivre d'autant plus intensément la fausse couche.



Mais la fausse couche précoce, qu'est ce c'est ?


Nous parlons de fausse couche précoce lorsque la grossesse s'interromps avant 14 semaines d'aménorrhée soit le plus couramment 12 semaines de grossesse, c'est à dire trois mois. Il peut s'agir d'une expulsion naturelle de l'embryon (appelée "fausse couche spontanée"), d'un œuf clair (c'est à dire que la division cellulaire ne s'est pas effectuée) ou d'un arrêt du développement de l'embryon sans expulsion, ce qui donne court à une fausse couche provoquée par intervention médicamenteuse. Les causes peuvent être multiples et variées. Si il est tentant pour l’opinion publique de pointer un déficit maternel (comme une vieille habitude me direz vous...) comme par exemple la prise d'alcool avant la découverte de la grossesse, le stress, le port d'une charge lourde ou un travail intense, les causes des fausses couches sont très rarement de cet ordre, bien qu'une dose élevée de stress soit néfaste au bon développement de l'embryon et pourrait accroître les facteurs de risques*. 65% des fausses couches sont en vérité d'ordre génétique. Le petit embryon est porteur d'une anomalie chromosomique grave, telle que la trisomie, monosomie, triploïdies...ainsi la fausse couche permet au corps d'éliminer une grossesse présentant un futur enfant non viable. Comme toute intervention de la création du vivant, l'équilibre génétique est une chose merveilleuse mais qui possède son lot d'anomalies. D'autres raisons peuvent être citées notamment : - Les malformations utérines (j'insiste sur le fait que posséder un utérus rétro-versé est banal, non pathologique et n’accroît pas le risque de fausse couche) ou anomalies/pathologies gynécologiques. - L'âge de la mère, plus une femme est âgée, plus elle a de risque de faire une fausse couche (mis en cause les anomalies génétiques plus fréquentes liées notamment à la qualité de l'ovocyte en baisse à partir de 32 ans) - Les infections locales ou générales (comme la grippe, les mycoses, oreillons, scarlatine etc.) - La malnutrition, anorexie, obésité. - Un choc psychologique intense au début de la grossesse. - De multiples grossesses rapprochées. J'en profite pour rappeler que la consommation régulière d'alcool, de tabac et de drogues est responsable d'une baisse de la fertilité pouvant entraîner une baisse de la qualité des ovocytes. Dans les cas de fausses couches fréquentes et répétitives (3 fausses couches) : - L'insuffisance de sécrétion hormonales par le corps jaune, se traitant par injection de progestérone. - Certaines causes immunologiques ou génétiques chez la femme ou le partenaire. - L'absorptions de certains médicaments ayant pour but le traitement d'une pathologie particulière. Si vous vous retrouvez dans ce cas de figure, je vous encourage à consulter un gynécologue compétant capable d'isoler les causes et de vous proposer des solutions.

Quels sont les symptômes de la fausse couche ?


Les symptômes d'une fausse couche peuvent être criants ou passer parfaitement inaperçus. Si la femme est suffisamment avancée dans la grossesse, elle en ressentira de nombreux signes. Ces signes peuvent s'arrêter du jour au lendemain en cas d'arrêt du développement de votre embryon. Vous n'avez plus de nausées, plus de seins douloureux, plus de fatigue. Attention, tout arrêt des signes n'est pas forcément annonciateur d'une fausse couche ! Lors de votre prise de sang pour confirmer votre grossesse, le taux d'hormone de grossesse (BetaHCG) est mesuré. Selon son dosage, vous pouvez évaluer l'évolution de votre grossesse, si il est plus bas que la moyenne il se peut qu'il y ait une anomalie. Mais là aussi, pas de panique, il se peut que vous ayez ovulé tardivement et que votre grossesse soit plus jeune que prévue. Si vous avez un doute, faites vous prescrire une seconde prise de sang. Votre taux doit doubler toutes les 48h. C'est personnellement ce qui m'a annoncé que ma grossesse était terminée. Un taux très bas par rapport au stade de ma grossesse et 48h plus tard, un taux quasiment identique. Des saignements peuvent également être annonciateur d'une fausse couche, notamment le sang frais. Des pertes marrons et glaireuses peuvent avoir de nombreuses causes banales, mais le sang rouge doit vous pousser à consulter rapidement.

Que faire ?

Lorsque la fausse couche intervient, il n'est plus possible de revenir en arrière. Les pertes de sang sont abondantes, notamment en cas de grossesse de plus de 8SA et peuvent être douloureuses à très douloureuses. Vous pouvez vous allonger, trouver du réconfort auprès de vos proches, vous soulager grâce à des antalgiques et/ou une bouillotte. Si cela vous aide, vous pouvez récupérer un peu de votre sang et en faire don à la terre ou créer un rituel autour de votre fausse couche. N'utilisez pas de cup lors de votre fausse couche ni de tampons, privilégiez les serviettes hygiéniques et posez la possibilité de rester sur vos toilettes un moment, notamment en cas de prise de médicament abortif. Après votre fausse couche il est généralement conseillé de vous rendre chez votre médecin qui vous examinera à l'aide d'une machine échographique afin de déterminer si l'évacuation a été complète ou si vous avez besoin de comprimés de prostaglandine afin de provoquer des contractions ayant pour but de terminer le travail initialement commencé par votre corps. Je vous conseillerai si possible de vous rendre chez un médecin de votre connaissance, bienveillant et accueillant. Question récurrente : Est ce que l'on voit l'embryon dans ses toilettes ? Il est rarissime d'observer un embryon complet lors d'une fausse couche. Il est détruit lors du procédé d'évacuation et passe "inaperçu" au milieu de la perte de sang. Néanmoins de gros caillots de sangs peuvent être observés car la fausse couche évacue également l'endomètre particulièrement épais en début de grossesse.




Mes espoirs, mes proches, mon médecin, ma fausse couche et moi


Vous venez de faire une fausse couche. Il se peut que vous soyez très déstabilisée par cet événement et c'est bien compréhensible. Non seulement l'acte en lui même est extrêmement désagréable et à pu vous laisser fatiguée, douloureuse, vulnérable mais psychologiquement la fausse couche est loin d'être anodine. Si fréquente qu'elle est banalisée par les médecins voir l'entourage, elle peut laisser la jeune femme dans un état de grande détresse, de questionnement, voir de culpabilité. Petit florilège de ce que j'ai moi même reçu lors de ma fausse couche à l'âge de 20 ans : "Considérez vous heureuse, vous pouvez avoir des enfants" (ce qui en plus n'est pas forcément une évidence, certaines femmes ont de multiples fausses couches sans jamais pouvoir concevoir) "Vous savez c'est très banal, inutile d'en faire tout un plat" de la part de la médecin que j'ai eu en ligne. "Ah oui, la grossesse s'est arrêtée, attendez vous à saigner d'une heure à l'autre, bonne journée" de la part du labo, "De toute façon tu étais trop jeune pour avoir un enfant" de la part d'un "proche". "Vous qui faites des crises d'angoisses, c'était à prévoir", de la part d'un autre médecin après coup. Personnellement à ce moment de ma vie, avoir un enfant était la chose que je désirais le plus au monde. A vrai dire je ne vivais plus que pour cela. Cette fausse couche m'a dévastée et je me souviens d'un moment très fort, étant en plus venu toucher de très près mon rapport à la mort et au contrôle. J'ai eu l'impression que tout m'échappait et n'étais pas en mesure à ce moment de ma vie de prendre du recul et d'être dans l'acceptation. Idéalement, c'est bien sûr la piste qui parait la plus évidente, l'acceptation de la vie et de la mort, du fait de ne pas avoir tous les pouvoirs, de se retrouver face à des situations qui nous dépassent. Si certaines femmes en la mesure au moment de leur vie ou intervient la fausse couche, pour d'autres il est impensable d'avoir cet état d'esprit. Le soutien des proches restent une valeur indispensable et indissociable d'une fausse couche qui pourra se dérouler "aussi bien que possible", en laissant la jeune femme avec une projection possible vers la suite. Mais la fausse couche est avant tout un deuil. Non pas nécessairement le deuil d'un enfant, (il n'est pas dans mes croyances d'attribuer un embryon à un enfant, mais pour certaines femmes converties l'incarnation de l'embryon va jusque là), mais celui d'un espoir, d'une projection très forte. La fausse couche c'est s'imaginer avec un ventre tout rond, faire une belle annonce à son partenaire, imaginer un enfant, un accouchement, une vie à plusieurs. Tous ces espoirs se retrouvent à néant. Le sentiment d'injustice peut être très fort et la culpabilité, souvent entretenue par la société ou les proches s'inviter dans le processus déjà compliqué du deuil. "Est ce de ma faute ?" "Si j'avais fait autrement..." "Peut être est ce ma prise de pilule toute ces années" "Je n'aurai pas du porter ce pack d'eau" "Suis je punie de cet IVG il y a dix ans ?"... S'informer sur la fausse couche permet également de la démystifier et de prendre du recul sur l'événement. Les idées reçues sont nombreuses et souvent infondées. N'hésitez pas à partager vos sentiments avec votre partenaire qui partage certainement votre déception et votre douleur et à vous entourer d'amis et de famille bienveillante, qui privilégieront l'écoute et votre bien être. Vous pouvez également faire appel à une doula proposant ses services dans l'accompagnement du deuil périnatal, car oui, la fausse couche précoce est un deuil périnatal comme nous l'avons vu. (Ce service fait parti de ma gamme de compétence). Parfois, les services d'un psychologue peuvent être envisagés si la fausse couche vous semble trop difficile à vivre, qu'elle vous ramène à des souvenirs très douloureux de ce que vous êtes et de ce que vous portez avec vous. N'hésitez pas à consulter, un bon psychologue ne minimisera pas votre détresse. Participer à un cercle de femme, organiser un rituel pour dire au revoir à ce petit espoir, écrire votre témoignage, tout cela permet de faciliter le passage en douceur vers une nouvelle étape de votre vie. Vous pouvez également trouver des ressources dans des associations telles que Maman Blues. Il se peut que votre partenaire soit lui aussi très affecté par la fausse couche. Souvent plus en retrait, se concentrant sur votre douleur qu'elle soit physique ou émotionnel, il peut s'oublier dans cet événement. Les mêmes conseils peuvent s'appliquer à lui, l'ouverture du dialogue, l'affection et le réconfort des proches, la prise en charge par un psychologue ou une doula. La fausse couche est un événement de vie qui peut affecter profondément un couple et il est important d'inclure la douleur de votre partenaire à la votre.

Un livre pour aller plus loin ?

De nombreuses références incluent la fausse couche précoce dans le deuil périnatal au milieu d'autres sujets tels que l'interruption médicale de grossesse ou le décès d'un bébé à terme, rare sont ceux à s’intéresser au cas de la fausse couche particulièrement hors de "Fausse couche, vrai deuil" de Isabelle Clément publié au Canada et difficile à se procurer en France. Je vous les note tout de même : " Traverser l'épreuve d'une grossesse interrompue" - Nathalie Lancelin-Huin

"L'attente et la perte du bébé à naître" - Micheline Garel " Quel âge aurait-il aujourd'hui ? : Le tabou des grossesses interrompues" - Stéphane Clerger

"Je n'ai pas dit au revoir à mon bébé" - Catherine Radet

*** Vous aussi vous avez été victime de fausse couche précoce ? Venez en parler sur les réseaux sociaux ! Article à partager sans la moindre modération ! Hélène Rock, accompagnement à la grossesse, naissance, postnatal, au féminin, à la pré-conception et au deuil périnatal dans le Vaucluse, Gard, sud Drôme et Bouches du Rhône. https://unefemmesouslalune.fr

© 2020 Tous droits réservés à Hélène Rock

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now