Faire un bébé...et mon couple dans tout ça ?



De belles images de bonheur, un couple soudé et une image magnifiée de la parentalité, la carte postale pourrait être parfaite et pourtant les chiffres contredisent l'idylle du couple parental : 60% des divorces en 2013 impliquent au moins un enfant de moins de 10 ans (chiffre INSEE) soit 130.000 divorces par an. Ces chiffrent ne prennent pas en compte les couples vivant en situation de concubinage. L'arrivée de bébé serait il alors le responsable de l’explosions des couples ? Ce n'est pas forcément vrai. En effet, 50% des couples en 2013 se sont séparés après 10 ans de vie commune. Mais il est admis que l'arrivée d'un bébé est souvent un accélérateur de séparation. Je suis persuadée en tant que doula que la période post-natale est une des périodes les plus délicates dans l'accueil d'un bébé et en effet, 10% des couples se séparent avant les deux ans de leur premier enfant. Mais comment expliquer ces séparations ? Les parents le savent, au quotidien il n'est pas évident de faire exister le couple au milieu de ses enfants. Phrases que l'on ne fini jamais, relations sexuelles entre-coupées voir inexistantes pour cause de fatigue ou de bambin toujours debout à 22h, sorties en solo qui se multiplient faute de mode de garde tardif...tous ces aléas du quotidien sont une réalité, mais permettent ils d'expliquer ces séparations en série que les psychologues appellent "baby clash" ? Probablement pas. La cause serait plus profonde, et à la fois plus évidente. Outre les divergences éducatives que l'on retrouve parfois comme motif de séparation, il me semble que l'arrivée d'un bébé au sein du couple est un bouleversement bien plus important sur le plan psychologique que ce qui est admis en réalité. En effet, le devenir mère ou devenir père est un acte profond, emprunt de sa propre histoire, de l'histoire de son couple et de l'histoire de son enfant intérieur. Comment a t-on été élevé, à quoi nous ramène la maternité, ou la paternité, quel est le parent que l'on souhaite devenir, à quelle mesure nous confrontons nous à nos ambitions, comment faisons nous face aux imprévus, à ce que l'on n'avait pas anticipé, quel est notre rapport au lâcher prise ? Si toutes ces questions sont souvent abordées avec mes clients, en tant que doula, ou dans les cercles de parole, il est très fréquent que des couples se lançant seul dans la grande aventure de la parentalité s'y retrouvent confrontés sans avoir anticipé le fait qu'elles pourraient naître dans leur esprit et ne pas forcément trouver de réponses. E. me raconte suite à mon appel à témoignage : "Pour V. devenir père voulait dire me suivre dans mon envie de bébé et je crois qu'il n'a pas anticipé ce que cela voulait dire au fond. Un jour il m'a dit qu'il ne le sentait plus, que c'était trop pour lui. Je n'ai pas réalisé à l'époque ce qu'il essayait de me dire, il est parti trois semaines plus tard". Accouchement, suite de couches, questions sans réponses, nuits courtes, allaitement compliqué, bébé aux besoins importants, famille envahissante ou inexistante et le parent sombre dans la solitude et parfois peut se murer dans le silence. Le couple parental peut également avoir deux visions totalement différentes de la situation, entre celui qui travaille et celui qui reste, celui qui s'était projeté et celui qui n'avait pas anticipé, celui qui à anticipé l'arrivée du bébé et celui qui s'est laissé porter. P. m'explique : "Mon bébé pleurait sans arrêt, j'avais des avis de tout le monde mais personne ne m'expliquais concrètement ce que je devais faire, et G. lui ne parlait plus, il fuyait la maison, s'enfermait dans le travail ce que je lui reprochait beaucoup. Nous n'avions plus rien à nous dire hormis des reproches". A. me raconte par message : "Je restais toujours seule avec le bébé, alors le soir je lui racontais mes recherches de nounou, les courses que j'avais fait, les progrès de notre fils, j'avais l'impression de beaucoup l’intéresser au début puis de moins en moins, jusqu'à ce qu'il me lâche un jour cette phrase "mais tu n'as rien d'autre à raconter ?", non je n'avais rien d'autre et lui ne le comprenait pas". P. ajoute : "J'avais l'impression que l'on n'était d'accord sur rien, normal il n'avait lu aucun livre, quand je passais ma grossesse à me renseigner il m'écoutait à peine parler de co-dodo ou d'allaitement, derrière il n'a pas compris quand j'ai appliqué ce que j'avais appris".



Alors les hommes tous démissionnaires, tous réfractaires ? La société tends à montrer du doigts ces hommes qui ne comprennent pas, qui doivent prendre du temps pour intégrer leur rôle de père et pour se sentir pleinement investi dans leur rôle, comme si cela devait être évident, aussi évident que pour la mère (toujours aux yeux de la société, nous savons vous et moi que devenir parent n'est une évidence pour presque personne). Les hommes ont vu leur rôle changer radicalement ces dernières décennies, passant du patriarche distant rentrant le soir au sein de son foyer, à un père souhaitant s’impliquer dans sa paternité, être présent, à l'écoute et participatif alors même qu'élevé encore dans les principes patriarcale du mâle qui n'exprime pas ses sentiments, laisse sa femme s'occuper du foyer et du bébé et le plaçant dans ces deux pôles opposés dans un rôle de suiveur, ni trop impliqué, ni trop peu, conduisant souvent à une incompréhension de sa compagne et à l'éclat du couple. Je suis persuadée qu'en offrant une place d'écoute et d'expression à l'homme au sein du couple parental, l'ouverture vers le dialogue et le sentiment pourrait permettre aux couples de remettre en perspective tout ce qui se joue au présent comme au passé dans la configuration du "devenir parents". Fustiger les pères est rarement une bonne idée et ne permet que de cristalliser une situation déjà figée du père démissionnaire et incompétent. Les nouveaux schémas familiaux offrent bien d'autres configurations aux enfants pour s'épanouir et grandir au sein d'un couple parental repensé. La famille recomposée offre par exemple une alternative nouvelle aux couples de bâtir une nouvelle parentalité sur des expériences vécues et des leçons tirées. Ces couples ayant appris des bouleversements de la parentalité et ayant parfois vécu un premier divorce ou séparation apparaissent comme plus solides face à l'arrivé d'un nouveau bébé en commun. O. m'explique : "J'ai rencontré T. alors qu'il était déjà père de deux enfants pré-ado. Moi je n'avais pas encore d'enfants et j'avais très envie d'en faire un avec cet homme déjà mûr qui était passé par plein d'aspects différents de sa paternité. Quand notre bébé est arrivé, je l'ai senti solide, il avait déjà beaucoup cheminé et appris de sa séparation, ça m'a rendue plus confiante que je n'ai jamais senti notre couple en danger". Mais faut il impérativement se séparer pour vivre une parentalité heureuse ? Je ne le pense pas, une fois de plus. L'amour et la créativité des couples est souvent décuplée à l'arrivé d'un bébé. En s'entourant de professionnels compétant, comme des thérapeutes de couples ou des doulas, en faisant appel à la famille pour d’octroyer des moments à deux, en ouvrant le dialogue sans tabou et dans le respect des sentiments des uns et des autres, de nombreux couples sortent plus forts et plus soudés des premières années avec leur enfant ou ils ont migré de couple à couple parentaux, s'accordant des changements et en profitant pour bâtir une relation profonde et en perpétuelle mutation. Ainsi V. accepte de nous livrer son témoignage fort et complet sur l'arrivée de son enfant et les répercutions très positives que ce bel événement à pu avoir sur son couple : "Mon mari et moi avons toujours été un couple uni. Il est vrai qu'en 10 ans et demi de vie commune, on ne s'est jamais disputé. Nous n'avons jamais écouté les autres, que ce soit les amis, les collègues nous dire qu'une vie de couple sans disputes ce n'était pas sain. Ce n'était pas normal. Alors on est devenu le couple anormal. (Et plus tard atypique :D)

J'ai toujours entendu dire que notre routine, notre complicité allait disparaître à la naissance de bébé. J'avoue qu'avec ma sensibilité j'ai eu peur que cela soit le cas. Je me suis mise à y réfléchir, ma pensée partait dans tous les sens, remise en question etc. J'appréhendais que nos relations changent, qu'on ne soit plus sur la même longueur d'onde. Je connaissais ce mari, celui que j'avais alors que nous étions un couple sans enfants, mais est-ce que ce couple allait changer quand on deviendrait parent ? Forcément. Mais dans quel sens ?

On en a beaucoup parlé. Notamment de l'éducation, de l'allaitement. C'était des sujets qui pouvaient être à discorde. Mon mari était d'accord pour l'allaitement, mais pas si c'était trop de contraintes. Il me disait "c'est ton corps, tu en disposes, si c'est ton choix, je le respecterai, mais si c'est pour que tu en souffres, ça ne sert à rien de s'acharner" Pour l'éducation, c'était encore compliqué, tant que bébé n'était pas là... les premiers mois, c'est abstrait. C'est facile de dire "nous on ne fera pas ça, on fera comme ci comme ça", quand l'enfant est là, c'est tellement différent.

Y'a une phrase qu'on m'avait dite : "avant on a des convictions, après on a des enfants". C'est vrai et faux. Parce qu'on peut quand même faire avec ses convictions, mais parfois la réalité, la pratique ne permet pas d'assouvir ses désirs, ses idéaux. Par exemple je n'ai découvert l'éducation bienveillante qu'aux 18 mois de ma fille, alors que je cherchais un livre pour m'aider à gérer mon quotidien avec cette petite trop intense. Et je suis tombée sur le fameux "J'ai tout essayé" de Filliozat. Et j'ai pris un virage à 360°, enfin presque, je n'étais pas totalement l'opposée de cette éducation, mais quand même.

Pour en revenir à mon couple, la grossesse s'est très bien passée, l'accouchement plutôt bien. Mon mari est devenu père, moi mère, et nos vies ont changé. On était plus seul. Un quotidien rythmé par les tétés. Ce que je qualifierai de "descente aux enfers" a commencé au retour de la maternité, après que ma fille (forcée par les maïeuticiennes) ait consommé du lait de vache. On ne savait pas à l'époque qu'elle était allergique notamment à la protéine de lait. Elle s'est mise à souffrir d'un reflux interne, qui a provoqué une œsophagite. (eczéma et compagnie)

Elle souffrait beaucoup, du coup pleurait énormément, dormait très peu, et tétait tout le temps. Sur mon carnet de bord, j'étais entre 25 et 28 tétés par jour. Entre 5min à 1h au sein. Et entre 2 et 4h de sommeil par jour. Et souvent au sein, dès que je la posais, elle hurlait. Elle s'étouffait dans ses remontées acides, faisait des pauses respiratoires. C'était tellement effrayant, que même quand elle dormait, on restait éveillé. Les peu de fois où on pouvait la poser, c'était dans un harnais, son lit incliné à 45°, pour ne pas glisser, et pour éviter les remontées. J'avais des angoisses de mort, retrouver mon bébé mort "subitement".

Le manque de sommeil été ingérable pour moi. Grosse dormeuse avant sa naissance, je dormais peu, très mal, trop inquiète. Elle était toujours au sein, alors je ne pouvais guère faire des siestes en journée. Ma mère venait la garder chez moi le plus possible, pour me permettre de dormir 15min par ci, 30min par là. Elle était obligée de me réveiller car elle n'arrivait pas à la calmer, et dès qu'elle était au sein, c'était le calme, la plénitude.

Mon mari a toujours supporté sans se plaindre. S'il n'avait pas été là, si je n'avais pas eu son soutien, j'ignore ce qui aurait pu se passer. Je me revois toutes les nuits, entre 2h et 4h du matin, lui dire "demain, tu m'apportes une boite de lait, j'en ai marre de cet allaitement". Et il m'a toujours dis "je te connais, demain le jour se lève, et tu ne voudras plus de cette boite. Si demain tu la veux, j'irai te la chercher" Il a vu avant que je le vois moi-même, combien cet allaitement était important pour moi. Qu'il était mon salut. Sans mon mari, je n'aurai pas eu la même relation avec ma fille, car finalement c'est l'allaitement qui a construit notre complicité. Mon mari a vu à travers ce lien, quelque chose d'important, un projet à mener au bout. Un projet qu'on a mené tous les trois pendant 4 ans et demi. Un sevrage naturel, qui a supporté les tempêtes. J'en suis tellement fière, et tellement reconnaissante à mon mari. J'ai pu faire un deuil d'un début de parentalité douloureuse et chaotique. Pour finir sur une note de douceur et d'amour inconditionnel.

Quelque chose s'est mis en place entre mon mari et moi dans l'épreuve, un lien, une fusion tellement intense, que je ne pouvais pas croire possible avec la complicité qu'on avait déjà. Il a été un pilier, un roc, il a cru en moi, alors que je n'avais plus d'espoir. La dépression du post partum m'a englouti en peu de temps. Je pensais être une mauvaise mère, je ne gérais plus rien, ni ménage, ni repas. C'est à peine si j'avais la force de me doucher. Je donnais tout pour ce bébé, je me perdais totalement. J'ai eu des pensées de regrets de ma vie d'avant, si simple, si calme, si prévisible. Je n'arrivais pas à soulager ma propre fille, j'étais impuissante, tout s'écroulait. A part au sein, en étant "une sucette vivante", comme je le disais à l'époque. Et mon mari compensait tant qu'il pouvait le reste.

Il y a eu des choses magiques entre nous, des nuits où j'étais tellement KO, que je n'arrivais même plus à me lever, à entendre mon bébé pleurer, tellement ses pleurs parasitaient mes oreilles, j'en avais des acouphènes. Je savais plus si elle pleurait ou pas. Il se levait à ma place, menait ma fille à mon sein. Et les fois où lui était trop fatigué, je prenais le relais. Tout s'est mis en place tacitement. Il nous a porté, il nous a élevé.

J'avais l'impression de traverser une épreuve, moi je ne voyais pas la fin, mais lui oui. Vers les 4 mois de notre fille on a suspecté une allergie. Ca a été un autre combat. Faire un régime alimentaire drastique, contre avis des médecins. "Madame vous n'arriverez pas à enlever les produits laitiers de votre alimentation de toute façon". C'est tout ce qu'il fallait me dire pour que j'essaye. Mon mari m'a fait confiance, sachant que le pédiatre refusait de faire des tests. Mais des mamans d'internet m'avaient conseillé d'essayer. Reflux, trouble du sommeil, trouble du transit, eczéma, tant de signes évidents maintenant que j'y pense.

Et j'ai continué d'allaiter, je faisais le régime pour ma fille. Ce n'était pas évident, le moral à zéro, le manque de sommeil, et un changement dans les habitudes alimentaires. Fini le "seul" réconfort. Mais je voulais tenter le tout pour le tout. mon mari m'a fait confiance. Un mois après le régime, vers ses 5 mois, c'était une nouvelle naissance. Sa santé s'est amélioré. Notre quotidien aussi. Fini le RGO, les tétés ont diminué, le sommeil a augmenté, plus de problèmes de transit. Mais j'étais trop plongée dans mon puits dépressif. A ses 11 mois, le pédiatre a prescrit une prise de sang. L'allergie est avérée. Ça a été un soulagement. Et mon mari a été là pour me dire : TU avais raison, TU es une bonne mère, TU as ton intuition, ton sixième sens. Ça a été le premier déclic pour sortir de cette dépression, j'ai repris possession de mon rôle de mère.

J'ai la sensation qu'on a été une équipe, qu'on s'est soudé dans l'adversité avec mon mari. Je me dis parfois que si on a survécu à tout cela, on survivra à bien d'autres épreuves. C'est la sensation qu'on a eu. On l'a vécu comme un vrai traumatisme. Où on en garde des stigmates. Le manque de sommeil, son enfant souffrant, l'incompréhension des proches, des professionnels. Le peu de soutien, ne serait-ce qu'en allaitement. Mais on s'est relevé, et notre couple a évolué, a grandit dans cette épreuve.

J'ai bien conscience que ça aurait pu être la perte de notre couple, que ça peut briser une union. J'ai eu des témoignages en ce sens. J'ignore à moitié ce qui a fait cette différence. Cela me fait penser à ces événement violents que l'on vit, et que l'on partage avec des gens présents avec nous. Y'a une relation qui se créait, quelque chose de peu descriptible. Comme si personne autour ne peut comprendre. Qu'il faut l'avoir vécu pour le croire, le comprendre. J'ai refusé de voir les gens, quand nous étions en pleine tempête. La dépression parlait pour moi, j'ai fait l'autruche, alors les gens n'ont pas imaginé le calvaire que l'on vivait. Mais mon mari était là, tous les deux on était au cœur du cyclone, et ça a renforcé nos liens, notre amour. Notre amour "spirituel" j'ai envie de dire. Car en même temps, j'ai eu des suites gynécologiques lourdes, et il n'y avait plus de rapports physiques. J'ai eu une lourde rééducation. Je ne voulais même plus être touchée. J'ai été meurtrie dans ma féminité, et en rajoutant les problèmes avec ma fille, j'étais meurtrie dans mon entité de mère. Du coup le tout faisait que j'étais perdue en tant que femme, amante. Mais mon mari ne m'a jamais abandonné, il m'a maintenu sur le fil. Et je lui en suis reconnaissante.

Par la suite, nous avons fait face à d'autres problèmes plus tard, d'autres situations compliqués, et je n’appréhende plus les problèmes de la même façon. Je me sens plus forte, je fais confiance à notre couple. Je sais que notre couple sera toujours une bulle d'oxygène." Vous aimez mes articles ? N'oubliez pas de les partager sur les réseaux sociaux ! Vous souhaitez témoigner ? Je lance régulièrement des appels sur ma page facebook Hélène Rock, accompagnement, naissance, postnatal, deuil périnatal et parcours de procréation dans le 84/13/sud 26/30 : https://www.unefemmesouslalune.fr/

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