Critiquer l'éducation positive, possible ?

Aujourd'hui je vous parle d'un livre qui n'est pas un énième livre de parentalité positive. C'est avant tout un essai critique. Critiquer l'éducation positive c'est serrer les fesses et attendre les coups. Et pourtant la réputation de Béatrice Kammerer en terme d'éducation qualitative la précède. Mais c'est également une excellente journaliste qui ne se contente pas de ce qu'on lui donne sans douter à minima, et l'esprit critique vous savez que j'adore ça.

Pour ma part tout à commencé par une grossesse à 20 ans, des modèles éducatifs à l'exemple très instable, le bébé de la réparation, ses 140 de QI et en avant Berthe. Durant 7 ans j'ai fait la funambule, confondant laxisme et éducation, violence et autorité. J'ai lu tout Filliozat, me mettant à la hauteur de mon enfant, lui expliquant mon besoin, les raisons, mon amour et n'ayant pas le temps de finir ma phrase que je finissais invariablement par me prendre un camion en bois ou un poing de la taille d'une mandarine mais bien affûté dans la figure. J'étais donc dysfonctionnelle, j'avais créé un monstre, mes gènes, ma faute. Et comme pour la préparation sans douleur de monsieur docteur Lamaze, échouant aux grands préceptes créés pour me faciliter la vie, j'étais de fait, un cas. Alors j'ai crié. Beaucoup, tout le temps. Plus je criais, plus je culpabilisais. J'ai fini rongée comme si mon cerveau fondait dans une glue noire d'angoisse relevant la mère affreuse que j'étais. J'ai jeté des choses contre les murs moi aussi. Et dans certains moments j'aurais pu commettre bien pire, d'épuisement, de honte, d'harassement. Je vous entends "il fallait poser des limites l'éducation positive ce n'est pas tout laisser faire". Les limites pour les enfants comme moi (oui la petite fille en moi, pas eux, les miens), c'est tout et rien. C'est une claque pour un mot trop enthousiaste. C'est quoi une limite ? L'éducation positive ne me l'a jamais vraiment dit.

Jusqu'à ce que ma psy m'apprennent que ce type d'éducation était un concept. A adapter, à s'approprier, à changer aussi. Que nous manquions de recul, que les grandes études en neurosciences infantiles sont jeunes, immatures.

La première fois que j'ai tapé du poing sur la table, après avoir énoncé les règles de la table plusieurs fois, règles éloignées comme faire se peut de la rigidité matriarcale des années 30 soit : "merci de ne pas hurler, se frapper et de consommer assez d'aliments pour se maintenir en vie", et qu'ils ont commencé à se jeter de la purée au visage j'ai dit en frappant la table du plat de la main pour attirer l'attention : "STOP maintenant, le prochain qui se comporte comme un sauvage il va finir son repas dans sa chambre c'est clair ?!", je me suis dis que j'étais une horreur. Mais...ils se sont calmés. Et chez moi, dans mon ventre et mon cerveau ça ne brûlait plus. Pas comme quand je faisais attention à ne surtout pas les abîmer en me négligeant tout à fait. Pas comme quand en pleurs je les traînais hurlant loin de ma vue. J'avais osé l'autorité. Alors j'ai encore parlé avec ma psy et avec Béatrice Kammerer à travers son livre. Et si je m'étais oubliée derrière des principes révolutionnaires qui oubliaient eux, de prendre soin de moi ? Et si par peur de ruiner mes enfants, d'oublier de m'agenouiller pour leur parler, à surveiller chacun de mes mots pour camoufler mon authenticité derrière du sucre, je n'avais pas créé un fossé d'incompréhension chez mes enfants ? Et si le concept d'adultisme les avait transformé en tyrans domestiques ? Et si en fait, les aimer inconditionnellement, m'excuser quand je déconne - pour de vrai -, les regarder grandir dans une grande symbiotique ne m'excluant pas était finalement la clé de l'éducation car la clé de l'amour ? J'ai eu une grand mère aimante et autoritaire, j'ai eu un père tyrannique et égocentrique, l'autorité aimante m'a t'elle marquée ? Jamais dans mon souvenir. Alors peut être que je n'ai rien compris et que je suis passée à côté de l'éducation bienveillante, mais à cette lecture j'en doute. Béatrice Kammerer reprend les biais qui agissent sur nous dans ces concepts, les fameuses études qui leur sont consacrés et reprend la partie manquante : nous, les parents, notre histoire, notre personnalité, notre vision. Jamais elle n'est contre, jamais elle n'est pour la brutalité ou la correction, elle pratique elle-même une éducation super respectueuse, mais avec son livre je me suis reconnue comme tombée dans un panneau trop évident, trop normé, trop policé. Et je sais pour côtoyer des parents chaque jours que nous sommes des milliers dans mon cas, à ne pas oser le dire, à ne pas être autorisé à remettre en question ne ce serait ce qu'un tout petit peu un concept qui n'a, de l'oublions pas, qu'une petite quinzaine d'années. Comme pour le maternage proximal, le réussir c'est sauver son enfant de la misère affective, l'échouer même à moitié serait être un sous-parent ? Ce serait violent. Et la violence avec les parents est aussi inacceptable qu'avec les enfants.




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