© 2020 Tous droits réservés à Hélène Rock

Ces phrases qui ont impacté ma maternité




Il y a quelques jours, je vous demandais sur les réseaux sociaux de me parler des phrases qui avaient impacté votre maternité. Dans l'esprit de ma question je m'attendais à recevoir des phrases positives, ayant boosté la confiance en elles de ces futures ou jeunes mères. Mais malheureusement les phrases inquisitrices, rabaissantes, culpabilisantes sont arrivées en masse. Rappel des indispensables efforts que devraient fournir l'entourage ou le personnel soignant pour préserver à tout prix l'équilibre de la confiance maternelle. L'expérience du devenir mère ouvre chez la femme un certain nombre de failles relatives à sa prise de puissance personnelle sur la vie, sur ses responsabilités et ses capacités. La société attends du jour au lendemain de ses mères qu'elles soient optimales, connaissent tout de la maternité, fassent jouer le fameux "instinct" comme si il était inenvisageable qu'elles aient des doutes et que ce soit normal, les fustigeant toujours plus de ne pas savoir, de ne pas avoir vu, compris, de ne pas donner assez d'amour ou d'en donner trop. Au contraire une mère investissant avec sûreté son nouveau rôle se verra fréquemment remise en question par un tiers sachant mieux que la mère qui par définition ne serait pas capable. En tant que doula mais avant tout en tant que femme et mère, j'ai la certitude que chaque mère possède en elle la capacité et la force. Parfois son histoire personnelle déjà parsemée d'un discours dévalorisant ou rabaissant demande d'être plus à l'écoute de ce manque de confiance, de ce doute de soi. Le renforcer avec des phrases toutes simples, percutantes et justes peut donner à la mère la simple impulsion qu'il lui manquait pour prendre elle même la mesure de sa puissance, de sa force, de sa capacité. Penchons nous maintenant sur les témoignages et voyons quel impact peut avoir une phrase à priori anodine, lancée à la volée sur la capacité des mères : B. nous raconte comment son compagnon a joué un rôle essentiel dans sa confiance en elle lors de son choix d'accoucher à domicile : "Pour ma 2ème grossesse, j'ai fait le projet d'accoucher à la maison. J'ai trouvé la sage-femme, nous l'avons rencontrée, tout se passait bien, sauf que le papa n'était pas emballé. Peur au niveau de la sécurité, très peur que la sage-femme n'arrive pas à temps... 4 jours avant le terme, ma sage-femme me prévient que le lendemain elle ne sera pas disponible de la journée. Je m'effondre en pleurs, car j'avais très peur d'être obligée d'aller accoucher à l'hôpital, ce que je voulais éviter à tout prix. Mon amoureux m'a alors pris dans ses bras et m'a dit exactement ce que j'avais besoin d'entendre : "Tu n'iras pas à l'hôpital. S'il le faut, tu accoucheras ici, seule avec moi." J'ai accouché le lendemain, la sage-femme est arrivée 3 minutes après la naissance de ma fille, et c'était parfait"


B. toujours :

Mon aînée avait un fort reflux, pleurait beaucoup, ne se calmait qu'au sein. Alors je me posais des questions existentielles : est-ce que je dois espacer les tétées, lui donner dès qu'elle pleure...? Mon amoureux m'a alors dit : "Qu'est-ce que tu en penses TOI ? Écoute ton instinct." C'est le meilleur conseil que j'ai reçu ! Il a aussi prononcé une phrase mythique que je répète souvent, à propos du cododo : "La meilleure solution, c'est celle qui permet à tout le monde de dormir !" E. nous confie s'être sentie soutenue par ses amis et son compagnon au moment de sa première grossesse : "(...) des phrases d'amies qui me disent que je serais une super maman, que je vais m'en sortir très bien. Mon chéri aussi me dit souvent que je vais gérer."


Au contraire, les mots de la sage femme de S. l'ont profondément blessé : "La sf qui m'a fait le suivi à domicile post accouchement ma dit que mon fils était trop sage parce qu'il dormait beaucoup et que les enfants trop sage on risquait de les oublier. Point de départ ( avec d'autres choses ) d'une dépression post partum."


C. témoigne à propos de ses choix et de ses soucis de santé durant sa grossesse : " Tu psychotes ! " et " Mais n'importe quoi, ça va aller ! " Ça semble rien comme ça mais quand on t'annonce que ta vie est en danger (entre autres joyeusetés) et que si tu en parles tu ne récoltes que ça, ça fait mal.

Avant que les problèmes fassent leur apparition et que le projet était un accouchement naturel en maison de naissance. C'était grave, je la mettais en danger, j'étais inconsciente, etc." L. s'est sentie soutenue par les mots encourageants sa sage femme : "La sage femme, pour la naissance de ma fille m'a simplement dit à la maison "vous lui offrez un foyer accueillant et chaleureux. Ce n'est pas donné à tous les bébés." J. me confie : "On m'a dit à la maternité que je n'avais pas le droit de dormir avec mon bébé, que j'allais l'étouffer à peine né, je m'en souviendrai toujours"


C'est par sa mère que M. s'est sentie encouragée : "Ce que tu fais, c'est bien", ma mère, quelques jours après la naissance de mon fils, mon premier bébé. Ça m'a fait beaucoup de bien " N. quant à elle à carrément été victime de discrimination au travail à l'annonce de sa grossesse il y a quelques mois : "(...) mais la phrase qui m'a le plus blessée a été par la secrétaire de mon travail ainsi que la médecine du travail "tu es enceinte pas malade" ou alors ma directrice quand je lui ai annoncé ma grossesse "ha fait chier je vais devoir vous remplacer" sans un mot gentil et bien sur le tous dans un froid immense. Bien-sûr je ne m attendais pas non plus à une grande compassions de leurs part mais un minimum...cela me restera vraiment gravé en espérant ne pas avoir pire pendant le reste de ma grossesse..." (Nous rappellerons que la discrimination des femmes enceintes est tout à fait illégal, comme le fait d'interroger un futur employé sur ses projets familiaux. L'employeur risque jusqu'à trois ans d'emprisonnement et une amende de 45 000 euros.) O. se souvient du naturel et de la grande bienveillance avec lequel sa grand mère a pris l'annonce de sa grossesse : "Tu verras ma fille on en fait toute une histoire mais tu seras une mère parfaite, nous sommes femmes, nous sommes faites pour ça et tu ne fais pas exception" ...après cette phrase, tout m'a semblé beaucoup plus simple, surtout qu'elle n'a pas cessé de me confirmer dans mon rôle jusqu'à son décès"


H. quant à elle explique : "Lors de la poussée le bébé ne descendait pas, j'étais épuisée, j'avais l'impression depuis le début de la journée de n'être qu'un bout de viande sur lequel s’enchaînait les expérimentations, cela faisait plus de 24 heures que j'étais en travail à l’hôpital. L’auxiliaire de puériculture m'a dit "arrêtez de geindre et concentrez vous bon sang sinon j'appelle le docteur et ce ne sera pas la même histoire", je me suis sentie tellement humiliée. Quelques heures plus tard, alors que j'avais subi une épisiotomie, une déchirure, 28 heures de travail, un arrêt cardiaque avec réanimation suite à une mauvaise pose de péridurale et un bébé en détresse à sa naissance, j'ai demandé de l'aide pour allaiter. On m'a dit "je vais vous chercher un biberon, ça sera plus simple à gérer pour tout le monde". Il m'a fallut des années pour me confirmer dans mon rôle de mère.


P. me confie la réaction de sa belle soeur quelques heures après la naissance de son bébé : "Il est pas vraiment beau mais ça passera surement". Je sais qu'elle l'a dit en plaisantant mais je trouvais mon bébé beau alors j'ai été profondément vexée.


Enfin K. nous explique : J'ai eu de tout pendant ma grossesse, il y a vraiment des moments ou je pensais que j'étais denouveau une petite fille à qui on interdisait de faire ci ou ça sans jamais me demander mon consentement. Ca a continué après quand j'ai annoncé que je dormirai avec bébé ou que je ne lui donnerai pas de bain. C'était surtout les silences qui me marquaient, la bouche pincée des infirmières ou les "hum encore collé à sa mère", je devais passer pour une originale, celle qui sait mieux que tout le monde. Je m'en fichais mais je pense que ça devait quand même mettre du doute au fond de moi... Il existe des centaines de témoignages allant dans le même sens. D'une phrase ayant sauvé un allaitement voir une relation mère-enfant toute entière à tous ces mots lancés à la volée et atteignant profondément le coeur de la jeune mère, chacune peut raconter quelque chose sur ce jugement qui s’immisce dans notre capacité et notre confiance la plus fondamentale, celle de notre légitimité de mère. N'oubliez jamais si vous avez une amie enceinte, une patiente, une collègue de travail, ou qu'il s'agit directement de votre conjointe que tout ce que vous dites peut avoir un impact, positif comme négatif et qu'il est très important de valoriser les mères afin qu'elles prennent conscience de leurs capacités pour vivre leur maternité à leur manière, entourée de cette force naturelle qu'ont les femmes depuis toujours et qui leur permet d'aussi bien porter et donner la vie. Quelques conseils en ce sens : Faites preuve de bienveillance avec les mamans de votre entourage et n'hésitez pas à partager votre admiration. N'oubliez jamais que vos jugements de valeur, la façon dont vous avez vous même agi avec vos enfants vous concerne et si vous souhaitez l'évoquer, parlez en toujours à la première personne, sans remettre en cause les méthodes maternelles de votre interlocutrice. Si vous observez un comportement qui mettrai en détresse l'intégrité physique et/ou mentale de la mère, prenez ouvertement sa défense. Si au contraire c'est le bébé qui vous inquiète vis à vis du comportement de la maman, proposez votre aide sans jugement, partagez un espace d'écoute, les possibilités d'aide sans donner l'impression d'être donneur de leçon. Ne remettez jamais en doute les capacités d'une (future) mère. Gardez vous d’émettre tout jugement sur le physique de la mère, du bébé, sur ses choix de maternage, si vous ne comprenez pas, interrogez plutôt que de juger. Ne faites jamais l'économie d'un compliment. Et vous, quelles ont été les phrases qui ont impacté votre maternité ? Vous êtes papa ? venez également nous raconter comment vous vous êtes senti validé ou dévalorisé dans votre rôle en commentaire ou sur les réseaux sociaux !

821 vues1 commentaire
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now