Au coeur de nous

Je suis une enfant du siècle. Depuis toujours j'entends parler de trou dans la couche d'ozone, de déchets à mettre dans le bon bac, de robinet à fermer, de lumière à éteindre. Est ce qu'ils m'auraient préparer à être mère en 2020 ? Même dans mes scénarios les plus complexes, je n'aurais pu m'imaginer ce défi. J'aurai pu m'imaginer me cacher dans un abris, galoper avec les animaux des bois pour échapper à la destruction. J'aurai peut-être pu imaginer la maladie, mais à aucun moment le "moi mère" n'était en jeu dans ces projections.

La réalité de ma maternité en ce début de siècle n'a rien à voir avec mes projections filmiques, presques romancées d'un effondrement.

Il s'agit de choix, de pour, de contre, de protocoles, de trouver la juste dose entre les informer et les protéger, entre montrer mes failles et surtout ne pas m'effondrer. Il n'y a pas d'abris, il n'y a pas de galop dans la montagne mais il y a la réalité que je partage avec tant de femmes et d'hommes. Une réalité brutale faite de quotidien qui continue sans être vraiment le même, une réalité faite de questions sans réponses. Et je pense à toutes les femmes qui accouchent aujourd'hui. Pensent elles à demain ? Forcément, un peu. Mue par la quête d'un sens inaliénable, celui qui fait la réalité biologique de notre espèce, constituer un noyau familial, s'aimer, enfanter, continuer malgré tout à peupler.

Et prises par des questions si légitimes de l'après. Accoucher avec un masque à suffoquer, disloquer le socle familial de la naissance au postnatal, mettre de côté ce qui nous unit dans notre sociabilité la plus brute, à la fois conscientes de la nécessité de protéger et l'envie profonde de penser à nous, au "et pourquoi ce serait toujours à nous de penser à protéger...".


Alors peut-être aller un peu au fond des bois, renouer si on le peut avec l'essentiel, une plante en pot posée sur un bureau jusqu'à s'allonger dans l'humus, respirer, les mains sur le ventre, penser à cette essence, à cet essentiel. Le nez dans la tourbe ou le nez dans les cheveux de nos enfants, trouver notre sens dans les sens, arrêter quelques instants la folle marche du monde pour créer un tout avec l'être constitué de cellules, de fragments d'immense, de morceaux d'infiniment petit. Prendre quelques instants pour se retrouver au coeur de nous, du mammifère, de ce qui ne changera jamais, le cycle naturel du "toute chose à sa place". Redevenir corps, oxygène, matière. Je sais que je ne sais pas, j'accepte d'être ici et maintenant.


Photo : les talentueuses Maxine Decker / Photographe et Mathilde l'Elfe des Bois

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